Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Univers évanescent de vos Féminités, votre interprétation quotidienne de la mode, dessus et dessous tout en volupté, entre dentelles & des voiles légers sur vos jambes. Labyrinthe capitonné de glamour, de sensualité, avec mes mots pour souligner votre élégance, pour rendre hommage aux Femmes, chaque jour, avec des billets d'humeur chic, des livres libres, des portraits & des silhouettes, des instants de vie et des regards. Glamour toujours !

femmes & portraits

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Culture, #Femmes & Portraits
Lire, toujours lire, pour être libre !

La vie est une succession de jours et de nuits, rien de nouveau, de lumières et d'ombres pour ne pas tomber dans les plus sombres émotions, celles qui hantent, viennent, repartent et soudainement resurgissent. 

Et chaque jour, je me lève, je déjeune, je prends une pause en évitant les informations négatives, avec un peu de musique, une douche, un costume trois pièces, des chaussures cirées, et me voilà descendant vers le métro, une allée avec des arbres, et en bas une boîte à livres.

Dans mon pochette, deux livres, toujours deux !

Car si le boulot occupe huit à dix heures de ma journée, des réunions, des heures devant des tableaux, des coupures plus humaines auprès de mes clients, des instants de solitude managériale, des moments plus intenses en émotions, des paroles pour adoucir les douleurs de vie.

Je lis avant et après mon travail, près de trois heures aller-retour de transport, avec les incertitudes des trop nombreux incidents quasi hebdomadaires, pour ne pas dire quotidiens, des retards. Alors pour être sûr de m'évader, je lis, je dévore les mots. Chapitres après chapitres, je pioche dans nos bibliothèques, dans les trouvailles des brocantes, parfois dans les boîte à livres. Mais je pousse aussi les portes de libraires pour entendre leurs conseils, pour rebondir sur un sujet, pour varier les styles, les aventures imaginaires d'une auteure, pour explorer un classique. Je lis un peu de tout, sans prétention de tout lire, juste avec un éclectisme bienvenu, mais aussi avec des chemins déjà ouverts sur des sujets plus récurrents. Mais aussi des impasses dans lesquelles je ne m'aventure que peu, parce que le sujet ne m'intéresse pas ou très parcimonieusement. 

Je lis des romans délicats, des ouvrages primés, des bouquins totalement oubliés, des nouveautés ambitieuses, des documentaires ou des analyses plus poussées sur des causes spécifiques, des polars pour reposer mes neurones, des livres prêtés par une amie, dénichés par ma compagne dans la médiathèque, édités par ma fille,. Je lis en moyenne entre cent vingt pages, souvent un peu plus et maximum deux cent. Finalement je lis surtout durant ma semaine, un peu le soir, avant de dormir, quelquefois dans le canapé, avec un thé et un carré de chocolat noir à soixante-cinq pour cent de cacao minimum. Je lis de plus en plus, toujours avec la même envie, avec de nouvelles envies. 

Car si certains bouquins semblent infinnnnnnnnimmmmmment longs, heureusement, la plupart sont fascinants, d'autres sont trop courts quand la musicalité pousse l'espoir d'avoir encore deux chapitres, cent pages de plus pour ne jamais finir. Et là le désir, alors que la nuit s'est installée, je commande sur labelemmaus ou sur labouquineriedusart, les autres romands de l'auteur. 

Je lis, d'ailleurs, je vous laisse pour finir cette intrigue policière, encore quelques pages.

 

Nylonement

Lire, toujours lire, pour être libre !

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Portraits, #Femmes - vous
Surprise

Accompagnée des ronronnements de mes deux chats collés à moi, je restais lovée dans mon canapé. Un livre posé près de moi, mes pensées prenaient la forme de rêves éveillés. Ce héros qui charme cette pauvre jeune femme soudainement transformée en  future princesse, les trop nombreuses soirées seules à regarder des films de Noël, je savourais ces espaces de bonheur idéalisé. 

 

Un livre de plus, extrait de mes nombreuses piles de livres en attente de lecture de mon bureau, à la maison, j'aime tant me plonger dans une histoire, pour oublier. Oui c'est peut-être pathologique, comme me le répète ma meilleure amie, mais le célibat me pèse sur les épaules comme des nuages trop gris dans le ciel d'automne, trop foncés pour finir l'hiver. Je mets du rose sur mes murs, j'ai touché trop vite le fond noir de ma déprime, sombrant dans les joggings informes, mes journées de télétravail sans personne à croiser, mes week-ends à refuser de voir les amis, leurs couples souriants et mon célibat vide de sentiments.

 

Je me suis pacsé officieusement avec mes deux chats, et un jour en passant devant le miroir, pas maquillée sans même une touche de rouge à lèvres bien écarlate, ma signature d'avant, j'ai rebondi. Aussitôt mise à nu, sans vêtements difformes, j'ai remis des pantalons, des chemisiers, des bijoux, des coups de peignes dans mes cheveux. J'ai même rallumé ma caméra pour les réunions en télétravail. Recevant des compliments de mes copines, de mes collègues, femmes et hommes, gentiment, j'ai repris confiance, retrouvant ma féminité, mes jupes et mes robes. Doucement mais en m'affirmant.

 

 

Alors oui, les poils blancs de mon grand chat, ses roucoulades sur ma jupe noire, j'ai ri de ses traces d'amour félin, car le lendemain sur ma robe pull écru, ce fût les poils noirs de l'autre créature en fous ronronnements.

 

Oui je rêve d'un nouveau prince, d'un vrai, d'un simple homme amoureux qui m'inviterait pour une surprise avec une lettre papier dans ma boîte aux lettres. Un billet de train, un point de rendez-vous, une statue au milieu de cette ville, une jolie robe, un chapeau pour le soleil, des giboulées, des gouttes sur le parapluie, une date, un horaire et lui s'avançant vers moi avec un bouquet. Un amour tout simplement !

 

Nylonement

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Portraits, #Femmes - Duo de générations

"Bête comme ses pieds" voilà une des expressions préférées de feu ma grand-mère. Et ce matin, en arrivant dans ma boulangerie, j'y ai pensé très fort.

 

Une vieille dame était là avec son cabas à roulettes, attendant la serveuse du coin café (oui cette nouveauté un peu partout, les pains spéciaux en plus de la baguette, les viennoiseries, les snackings (autrement dit les sandwichs mais parfois aussi des burgers !), les pâtisseries et maintenant les tables pour les cafés, les glaces ou les crêpes, est-ce une boulangerie ou un café ou un salon de thé ? ), la brave petite dame attendait donc une jeune femme arrivant avec des boîtes de capsules pour la machine à café. En fait elle lui a glissé une pièce pour le pourboire, la tasse vide était juste sur la table derrière. Et là arrive une dame, une grand-mère avec ses deux petits enfants, qui lui parle fort, sans discrétion, avec une compassion suintante, celle d'une bourgeoise parlant à une femme de ménage. Elle lui rappelle qu'elles se connaissent, qu'elle devrait lui donner son téléphone pour l'inviter à prendre le café à la maison, un après-midi.

 

Vous vous dites, il écoute, eh oui la queue pour le meilleur croissant de la région est longue.

 

La vieille bourgeoise baisse la voix mais sa surdité relativise la force sonore.

"Faites attention aux deux chiens dehors" elle montre deux petits bouledogues anglais souriants et gentiment assis dehors, attachés, patientant en attendant leur maître amateur de croissant.

"Faites attention ils vont peut-être vous mordre, ils sont sûrement méchants" elle répète plusieurs fois à la simple dame. L'autre la regarde, les petits enfants zieutent les deux chiens tranquilles. Le maître entend les propos, sourit.

La première dame pousse son cabas, les roulettes restent bloquées sur les bottes de la seconde. Sa simplicité n'empêche pas son intelligence. Elle se penche.

"Non Madame, ces petits chiens, les animaux en général. Tous les animaux ne sont pas méchants. Non, non. Seuls les humains sont méchants."

La vieille bourgeoise renchérit en la voyant partir sur les chiens méchants, et une fois la porte franchie sur son numéro pour un café. Un grand vide, Un silence.

Deux gamins désabusés car ils trouvent les chiens si mignons.

 

Et là, le maître avec ses deux croissants repassent près d'eux, entre sourire sarcastique et possible colère sous-jacente, il interpelle le trio.

"Non, mes chiens ne sont pas méchants. Ils attendant sagement. Vos petits-fils peuvent venir les caresser sans danger." 

La vieille aigrie de la vie, aurait volontiers tirer la laisse invisible pour retenir ses petits fils. Ceux-ci piaffaient maintenant d'aller voir les deux bouledogues anglais sautillant en voyant leur maître revenir vers eux. Et celui-ci d'ajouter :

"Ah si, ils mordent que les vieilles peaux acariâtres."

 

J'ai souri et j'ai acheté mes deux pains au chocolat.

 

 

Nylonement

 

 

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - vous, #Femmes & Portraits

Du rangement, j'en avais fait durant les derniers mois, retrouvant au passage ces vieux albums de photos que nous faisions avant. L'occasion de se replonger dans le passé, dans les souvenirs surtout, car en observant de plus près les photos, j'ouvrais une porte de ma mémoire, des clefs et des portes multiples. 

Les décennies, l'autre siècle, celui de ma naissance, de mon enfance, de mon adolescence, de la guerre, mais aussi de l'évolution exponentielle de notre monde. Je feuilletais les années 60, les prémices de la liberté, d'un féminisme incompris des mâles dominants nourris des siècles précédents, incompris tout autant des jeunes hommes qui voyaient dans l'amour libre des années 70 des corps libérés pour n'être que plus accessibles sexuellement mais doublés d'une femme au foyer ensuite. J'avais vu tout cela, je l'avais vécu, je le revoyait sur nos photos, lui était là, la famille et les copains. Quelques futurs amis fidèles toujours vivants aujourd'hui, d'autres au hasard des clichés jaunis avaient disparus derrière des vérités politiques discordantes ou partis en province pour ne plus jamais être recroisés. Les fameux réseaux sociaux se limitaient au téléphone parfois, à des cartes postales surtout. Un autre temps. Tiens celle-là, il ressemblait à Bébel, nous avions été le voir au cinéma. Quel bel homme ! J'étais jeune, j'étais femme, je voyageais déjà pour mon travail. Les photos parlent de la mode, d'une époque, je me vois m'affirmer dans ces albums, suivant les folies des jupes courtes puis des robes longues, puis du cuir, puis des tailleurs, avant autant de couleurs variées, de matières nouvelles, autant de coiffures que je dirait exotiques aujourd'hui. Les permanentes des années 80, quelle histoire, je ressemble à des actrices de série télé que l'on retrouve maintenant en version vintage sur internet. 

Crédit photo : provenance pinterest

Crédit photo : provenance pinterest

Pas vraiment un coup de vieux, plutôt un beau voyage temporel, car j'aime mon image, celle d'une femme assumant sa silhouette, avec les maternités, les enfants, le boulot, la fatigue, les vacances, les sorties, quelques douleurs aussi. Les photos sont là, pas pour chaque instant, mais je revois des époques, des maisons, des déménagements, un divorce, un autre homme, des autres relations, des moments de vies.

Mais je suis toujours là, maintenant je peux dire un peu plus vieille, senior aux cheveux gris ou silver, dans une décennie nouvelle, dans une conquête d'un siècle possible. Mes enfants font et défont leurs vies, mes petites filles viennent fouiller les armoires et les cartons pour commenter mes tenues de mode, elles rigolent, et puis parfois elles piochent car le vintage de mamie devient tendance. Moi, je ris de me voir si belle à cet âge.

Et puis quand le jeune serveur parle d'une jeune grand-mère, pendant que je bois un perrier-menthe avec mon arrière-petite-fille, je rajeunis. Sagement. Je souris encore et toujours. La vie est belle.

 

Nylonement

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Mode, #Femmes & Portraits, #Femmes - vous

Plusieurs semaines sans venir ici, j'ai traversé le hall en ayant cette étrange impression d'être en visite chez un client, alors que je ne faisais que revenir dans les locaux de mon entreprise. Ils ont fait quelques travaux, changer les plantes artificielles en créant deux murs verticaux de véritables plantes. Le lieu semble plus respirant, mieux éclairé aussi.

J'ai appuyé sur le bouton de l'ascenseur, attendant la montée vers le troisième étage, vers mon bureau, vers cet espace oublié depuis l'année dernière. Des réunions uniquement en mode virtuel, avec des applications sur mon ordinateur portable, loin de ce coin de bureau, loin des photos personnelles, des dossiers posés là dans des pochettes de couleurs différentes. Un peu de poussière sur le plateau, deux plaquettes de chocolat dans le tiroir, mais étrangement les plantes ont été arrosées. Deux collègues passent derrière la vitre vers le couloir, deux bonjours et une proposition incroyablement réaliste pour aller partager un café. Certes avec nos masques et une bonne distanciation, mais ce petit bonheur de revoir des personnes, des êtres vivants bien réels.

Depuis le début de la crise, je ne sortais presque plus, me faisant livrer mes courses, suivant les médias sur les réseaux, appelant les amies, travaillant en distanciel, avec les collègues, avec les clients.

Contente de revoir des personnes même si les premières discussions sont directement brancher sur les multiples facettes de la crise, du vécu de chacun.

Devenir une autre

Leurs regards restent toutefois circonspects. Enfin elle ose "mais tu as changé de coiffure, tu as changé quelques chose". Je souris, lui cherche et se lance à son tour "tu as rajouté des boucles, tu as laissé pousser tes cheveux pendant tout ce temps, tu est une autre". Je souris encore, car durant les derniers mois, j'ai effectivement laissé ma coiffure reprendre son naturel. La longueur sans vraiment les couper, juste réajuster les pointes, tout en laissant les boucles, elles aussi naturelles, envahir mes épaules et même maintenant les vingt centimètres en-dessous. 

Mais surtout j'ai oublié le blond variable et totalement faux, pour revenir à ma rousseur d'origine. Un jeu de couleurs chaudes, une chevelure flamboyante que j'avais caché à la fin de mes études, pour séduire d'une part un beau mâle amateur de belle blonde, oublié depuis, mais aussi pour casser mon image trop marquée. Plusieurs personnes m'avaient dit, souvent avec un demi sourire, que mon abondante chevelure rousse faisait que l'on ne voyait qu'elle, que moi. Coupe plus courte, blondeur artificielle, changement de look pour des tailleurs jupe. Voilà j'avais gagné une parfaite combinaison de caméléons, anodine parmi les autres blondes, mais toujours avec la même allure, le même tempérament. 

Aujourd'hui je ne change pas, je ne deviens pas une autre, je redeviens moi-même. Et il va falloir qu'ils s'habituent à mon existence ainsi. Naturellement rousse, sereine car plus en phase avec mon caractère. Je garde les jupes et les vestes, variant du gris au noir, avec les tops blancs, toujours de rigueur. Demain de nouveaux rendez-vous avec les clients, autour d'une table, dans des bureaux, dans la vraie vie.

Croquons cette nouvelle tranche de vie.

 

Nylonement

 

 

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Portraits, #Femmes - demain

Le printemps est là, il a même laissé l'été s'installer deux ou trois jours, avant de reprendre en main son calendrier et ses divagations météo. Chaud, froid, douceur et finalement fraîcheur matinale pour délicate température pour des balades en après-midi, je suis en phase avec cette nouvelle saison. Je l'observe depuis ma fenêtre de chambre, vautrée dans le lit encore à cette heure inhabituelle, regardant le ciel, à l'écoute des bruits de la rue, enroulée dans ma couette, un vieux livre pour seul compagnon. Un roman noir, mon remède pour dormir, car depuis des semaines, des mois, j'ai perdu totalement mes repères horaires. Plus rien en commun avec les années précédentes, plus rien du tout. Réveil à toute heure, insomnie, lecture nocturne, sommeil avec la lumière allumée, livre en main, assommée par les mots.

Je somnole à dix heures du matin, je me retourne, je me fais un café, une caresse pour le chat passant entre mes jambes, réclamant quelques croquettes. Je regarde dehors, les premières feuilles des châtaigniers percent leurs gros bourgeons, verdissent et grandissent, déploient les rémiges finement plissées d'un origami spectaculaire, les feuilles prennent de l'ampleur et se frottent au vent froid. Les rares passants filent vers leurs bus, sautent dans la chaleur de la foule. Moi, je me ressers du café, un morceau de brioche et je regarde ma pile de livres, lequel pour aujourd'hui.

 

Retrouver le feu

Non pas que je sois libraire en pleine préparation de la rentrée littéraire, ou critique voire bibliothécaire. Pas même professeur. Juste une dévoreuse de voyelles et de consonnes, depuis longtemps, des milliers de mots avalés, digérés et oubliés aussi. Je nourris mon imaginaire. 

Actuellement je remplis mon espace. Je ne fais pas rien, enfin si un peu. Je ne suis pas au travail, je suis en chômage partiel, pas total manque d'activité. Je suis, nous sommes interdits de travailler. Trop dangereux. Pourtant avec mon équipe, j'avais pas l'impression de faire partie d'une bande de malfaiteurs, ni même d'escrocs. Nous avions l'habitude d'être ensemble tous les jours, du matin tôt jusqu'au soir tard. Des journées jugées sans fin parfois, du bonheur pour nous, pour les autres surtout. Mais depuis des mois, je ne pousse plus la porte de mon antre. Plus le droit, plus envie, plus rien. Le vide.

 

Car j'allais tous les jours vers mes amis, les producteurs, les fournisseurs, les petits et les gros. Pour choisir mes produits, pour parler de saison, de production en fonction de la météo. Chaque semaine ouvrait de nouvelles opportunités, un nouveau marché pour des menus revisités, et là juste après j'allumais ma cuisine, je dirigeais les petits nouveaux, les anciens dont les commis. Chacun s'attelait à sa tache, avançait vers ses préparations pour le prochain service. Le lieu devenait un tourbillon de recettes, de petits ajustements et de rappels. Tout prenait place pour un éternel recommencement, la salle se mettait en ordre de marche, les vins de la semaine prenaient place sur la console centrale, avec des dégustations pour des corrections d'assaisonnements. Un verre de cristal, un rouge lumineux, une nouvelle cuvée de champagne dans une flûte, des sourires complices avec les deux sommeliers. Une mécanique de haute précision avec tout le monde, le dernier briefing avant les premiers clients, les commandes, les menus et les plats, le coup de feu, la folie quotidienne, la transe durant près de deux heures et le calme relatif avant le repos. Plutôt une pause avant le soir, les diners d'affaires ou en amoureux, les tables d'amis, les gourmands et les gourmets, les passionnés qui veulent parler avec la chef. 

 

Mes larmes coulent, car je ne peux plus les retenir derrière ma fenêtre. Je vois le monde défiler sans moi. Mes autres amis restaurateurs, passionnés et virtuoses privés de leurs instruments, de leurs partitions, de leur public, de leur nourriture intérieure. Plus rien ne fait battre mon cœur. Car si l'effort quotidien était intense, régulier et toujours sous tension, j'aimais cela, j'aimais tant cette fatigue compensée par le bonheur partagé avec les clients, exprimés dans leurs gourmandises ou leurs mots. 

 

J'ai gardé mon équipe, mais depuis quelques semaines, après avoir préparé et testé des recettes, des nouveautés sans clients pour valider mes créations, je me sens toute vide. Je perds le goût, je n'invite même plus mes plus proches amis pour une dégustation impromptue accompagnée d'une bouteille mystère. Le jeu a avalé les joueurs, les pions et les règles n'ont plus qu'un goût d'extrême fadeur. Rien. Plus de lumières dans ma salle, dans ma cuisine, dans les celliers, le noir complet, celui-là même que je ne trouve plus la nuit. Plus de repères, et surtout aucun espoir d'apercevoir ce bout de tunnel rassurant. Plus de saveurs, de joie, de sourires, de silences gourmets, d'interrogations sur les arômes ou parfums, plus d'épices.

J'attends demain.

 

Nylonement

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - demain, #Femmes & Portraits, #Femmes - Duo de générations

Ce matin j'ai écrasé une pâquerette, plutôt une belle cinquantaine. Avec quelques pas, je me suis faufilé dehors, dans mon jardin, la pelouse a pris goût aux rayons de soleil et aux rares gouttes de pluie. Verte, elle grandit chaque jour, elle fête le Printemps, cette nouvelle saison pour la nature extérieure, cette pleine croissance renouvelée pour un quatuor à venir de saisons. Et çà et là, les petites fleurs sont sorties, ont relevé leurs têtes blanches ponctuées de jaunes, pour envahir la verdure. Elles sont là, et nous ne pouvions plus rester dans la maison, sans un bol d'air. Pieds nus, nous sommes allés prendre notre premier petit déjeuner d'extérieur. Pain frais et café, nous voilà traversant le carré vert, observant les touches de couleurs, les jonquilles et leurs cousines narcisses, les premières tulipes jaunes et les primevères, nous nous sommes installés sous le grand tilleul. Pour profiter un peu plus du soleil, nous avons déplacé la table au milieu de l'herbe, ainsi les effluves de café et de beurre sur les tartines de pain tiède nous ont emportées.

 

 

Ensemble
Ensemble

Dans ce jardin,nous avons pris le temps de savourer la météo nouvelle et d'oublier la crise qui enveloppe la planète. Doublement seules, je suis heureuse d'héberger ma petite fille  durant cette période, nous pouvons nous retrouver, partager nos émotions et nos doutes. Mais positives de nature, nous aimons plutôt profiter de ces fausses vacances pour nous parler encore plus. Je suis ses études, qu'elle-même poursuit avec internet dans la bibliothèque, sur le bureau de mon défunt mari, son grand-père. Transition et même transmission, je peux échanger avec elle sur ses sujets d'études, à propos de ses ambitions dans le droit, sur sa volonté de devenir avocate ou magistrate. Ici, elle peut rêver les yeux ouverts, elle peut libérer ses envies, ses émotions de jeune femme, sans voir ses amies certes, mais la aussi la magie d'internet lui permet de garder les liens avec les autres. Hier nous avons même fouiné dans les coffres et armoires pour des essayages de mode, vintage pour elle, de mon passé. Nous avons aussi nos moments chacune dans notre coin, je pars alors dans mon atelier pour peindre ou modeler, elle tapote son clavier, parle à son écran, annote les pages de ses livres d'études. 

J'avoue que je savoure cette rupture de solitude. Ma retraite avait trouvé ses routines depuis que j'étais seule, avec des sorties parfois, des visites des uns et des autres, mes expositions et leurs laborieuses préparations. Elle est là pour me partager son énergie, pour me faire rire, et puis je peux lui parler de ma vie, en totale complicité. Moi aussi j'ai été une féministe revancharde, mais aussi une femme au foyer attaché au joug du mariage, je lui explique pourquoi j'ai fait des études plus tard après la naissance de sa mère et son oncle, comment j'ai commencé à travailler pour avoir mon indépendance financière. Avec malice pour pourvoir acheter des sacs à mains et des escarpins dont je rêvais, mais avec le yeux amoureux de mon mari. Je lui livre mes coups de coeur, mes colères aussi, et la sagesse qui aujourd'hui devient un trésor de valeurs. Un bien immatériel que j'aime partagé, encore plus avec elle, cette fleur en pleine éclosion. 

Toutes les deux, nous nous protégeons mutuellement, nous avons deux coeurs en harmonie, avec nos deux générations qui suivent les tumultes de notre société. Deux approches différentes qui se croisent, nous avons tant de plaisirs à être ensemble durant cette période difficile, sans connaître la durée. Situation douce au final, les pieds nus dans l'herbe, avec quelques pâquerettes courbées sous nos pas, mais toujours relevées vers le soleil après nous, nous respirons pleinement la vie.

 

 

Nylonement

 

 

 

 

 

 

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