Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Univers évanescent de vos Féminités, votre interprétation quotidienne de la mode, dessus et dessous tout en volupté, entre dentelles & des voiles légers sur vos jambes. Labyrinthe capitonné de glamour, de sensualité, avec mes mots pour souligner votre élégance, pour rendre hommage aux Femmes, chaque jour, avec des billets d'humeur chic, des livres libres, des portraits & des silhouettes, des instants de vie et des regards. Glamour toujours !

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - demain, #Nylon & Mode

Le printemps est passé sur le balcon. D'un souffle froid, durant la nuit, derrière les volets clos, sans rien dire, comme honteux, il a frigorifié mes jeunes plantations, ratatiné mes fleurs. Plus rien, sauf un ciel bleu de béatitude pour libérer le soleil, pour dire avec mépris, il fait beau. Oui mais cette amplitude déconnectée dans la saison, elle a rayé mon coin de verdure. Celui-là même que j'ai choyé depuis plusieurs mois, car je le vois depuis mon bureau improvisé dans le salon. Mon coin à moi, sur le balcon, là posé en hauteur par rapport à la ville bruyante, j'y savoure mon thé ou mon café dans une tasse bien chaude entre mes mains. Je me libère de ce carcan invisible qui pèse sur nous tous. Je respire presque libre.

 

Je vais replanter pour voir venir mes futures fleurs d'été, mes légumes à croquer sur le champ. Loin de moi les soucis si forts des agriculteurs, des vignerons et des arboriculteurs dont la saison semble anéantie, je relativise avec un sourire derrière mes lunettes. Aujourd'hui aucune préoccupation, juste du travail à la maison, des tableaux et des rapports à mettre en avant. Mais depuis peu j'ai décidée de boycotter la flemme qui m'avait réduite à un chemisier propre, une touche très légère de maquillage, un coup de brosse, et rien de plus. Je passais mes journées devant mon écran, avec un jogging improbable mais très confortable en-dessous du champ de caméra, parfois même simplement en collant opaque, sans chaussures, dans mes chaussettes épaisses, telle une ermite en perdition. Heureusement peu de réunion en vidéo, mais au final un laisser-aller total pour mon image, pour moi en premier lieu. Cette liberté s'opposant apparemment dans un premier temps à une contrainte du quotidien, je me suis laissé prendre au jeu d'en faire le minimum. Et si vous ajoutez la combinaison heureuse et malheureuse de ma rupture avec un ex déjà oublié juste avant la crise, je n'avais quasi plus de raison de m'habiller plus correctement. 

 

Printemps avorté

Tut ceci étant une erreur, une belle erreur durement digérée en regardant par hasard la balance, en croisant par hasard une collègue dans la même situation en faisant des courses. Elle a grossi, elle a oublié qu'elle existait pour elle-même en premier lieu. Rapide discussion entre deux rayons du magasin bio, avec des sourires sur les réunions de bureau qui nous manquent au final, les échanges entre machine à café et open-space. Tout cela nous manque autant que les sorties. Alors était-ce une contrainte, une obligation si forte de prendre le temps de se maquiller, de choisir un jupe, une tenue, un chemisier de saison, une paire de chaussures ou de bottes confortables et élégantes pour courir vers les clients, vers le bureau et dans les transports.

Au final, je reprends un vrai plaisir à me regarder, sans narcissisme trop débordant, je vous rassure, mais ce petit trait d'eye-liner, je le retrouve, il fait partie de moi, de mon regard. Miroir difficile parfois, miroir objectif et subjectif, je m'observe, je me souris, je me trouve sereine à défaut de me voir belle. Les cheveux ont revu la coiffeuse, je me sens mieux, nettement plus féminine, juste pour moi et mon écran. Aujourd'hui même, sans obligation professionnelle, sans sortir de mon appartement, sans croiser l'homme de ma vie, je pris cette robe avec une fine ceinture si simple et élégante. Une paire de bas gris foncé et des escarpins à talons. Oui tout cela juste pour moi. Je me retrouve, car c'est ainsi que je suis femme. Une tasse de thé, j'allume l'ordinateur, je regarde ma terrasse un peu vide, mes pots gelés attendant le soleil, je croise les jambes, je me sens tout simplement bien. 

 

Nylonement

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Culture, #Femmes - vous

Libérées de cette crise, nous étions toutes et tous si heureux de vivre enfin de nouveau sans limite et même sans masque, j'avais retrouvé mes amis, serré fort dans mes bras tous ceux qui m'avaient tant manquée. Dans un moment de joie réelle, d'amitié profonde, j'avais embrassé les copines, les amis, les copains des amies, les nouveaux et nouvelles qui venaient à ce vernissage.

Une minuscule exposition de mes aquarelles, de mes sculptures en terre brute. Mais le bouche-à-oreille et surtout l'envie forte de sortir, faisait que tout le monde était venu, un grand nombre dans cette petite galerie sans prétention. Les quelques petits fours avaient disparu trop vite et chacun ne pouvait plus que boire, des jus de fruits frais et bien évidemment du champagne. Un ami restaurateur tout proche avait même mis à disposition des magnums bien frais dans des grandes vasques de glace, l'ambiance était festive, la joie d'être ensemble. La fin d'après-midi était devenue fin de soirée, début de nuit. Les visiteurs m'avaient rassurée de leurs commentaires en direct, deux galéristes voisins étaient venus donné leurs avis plus techniques, plus froids, plus commerciaux, mais sans snobisme. Ils avaient apprécié les modèles, "l'universalité des galbes" selon le plus précis. Il est vrai que je me contentais de sujets bien réels, d'une approche figurative avec des courbes masculines parfois mais majoritairement féminines. Des modèles croisées pendant des séances de poses, des vérités et des corrections, j'aimais voir des reflets sur les muscles, figer leurs dimensions multiples sur une feuille plate, j'abusais de tous les artifices pour leur donner du relief.

Avec les sculptures, j'envisageais plus encore le vrai des silhouettes, cette masse de chair humaine sublime mais avec tant de morphologies différentes. Avec une amie, nous avions parfois eu du mal à trouver ces personnes atypiques, du moins par rapport aux standards des modèles venant en général dans les ateliers. Minces, trop minces, sylphides, sans excès de formes, juste de belles silhouettes, mais loin des femmes qui passaient devant nous lorsque nous étions attablés à une terrasse. Sans vouloir capter toutes les femmes, nous espérons trouver des corps plus proches de nos images dans le miroir. Pas atypiques en fait, mais concrètes ou même communes, grandes et moins grandes, de toutes tailles, plus pulpeuses, plus rondes, du moins avec des hanches plus marquées, des tailles variables, des cuisses, du ventre, des seins, des bourrelets aussi, des courbes débordantes, mais aussi tous les contraires, des fines et des plates, des jeunes et des moins jeunes, des corps réels quelquefois fatigués par le temps, une palette plus vraie tout simplement.

 

 

Modèle

 

Parmi les modèles, puis par relations, mais aussi aidées d'un peu de hasard, nous avions croisé des personnes souhaitant faire partie de notre aventure. Libres et nues, ou enveloppées dans leurs lingeries, mais avec leurs corps authentiques, nous avions réussi à saisir les formes des unes et des autres. Ventres pas vraiment plats, fitness oubliée au fond d'un placard, timides puis relâchées, au final toujours fières de leurs féminités, et bien souvent sereines dans leurs différences, nous avons créé malgré nous un lien avec leurs regards portés sur elles-mêmes, souvent cruels, bien trop souvent déformants dans des excès de jugements. Oui telle actrice avait le ventre ultra plat dans cette robe moulante bleu nuit, mais sans jalousie, elle devait avoir les moyens de se faire aider d'un coach sportif, d'une diététicienne et aussi d'une gaine bien remodelante. Nous avons beaucoup ri de nos regards partagés, de nos dessins donnant une version plus esthétique des corps, parfois copies conformes, mais avec ce choix du glamour en plus, de la sensualité dans le pinceau. Une quête de vérité, par le truchement de l'art, sans autre objectif que de voir apparaître des femmes, toutes leurs réalités.

Alors ce soir, éméchée par un abus de champagne et de bonheur, avec certaines modèles venues anonymement voir leurs aquarelles ou les courbes en terre, avec des amis aussi, elles étaient encore plus fières, j'étais follement heureuse. 

Mon corps, mon regard dans le miroir, ce chemisier en soie avec plumetis, cette jupe sur mes fesses bien rondes, mes copines, mes vrais amies, mes amis et plus loin là-bas mon discret compagnon si fier de moi, mon support, je savourais ces instants. Cette nuit, tard, nous allions finir tous les deux, hors du temps, dans le silence du petit matin pas encore réveillé, de la ville endormie, avec une dernière bouteille, soûls de toutes ces émotions positives reçues ce soir, en visitant chaque coin de la galerie, replongeant dans chaque tableau, chaque rencontre. Je profiterai de ces moments uniques, des souvenirs qui sont figés sur le papier mais au-delà dans ma mémoire. Des femmes, des histoires, des libérations aussi, plus exactement des révélations.

Je suis bien, comme souvent il me pose la main sur les hanches, caressant le tissu de la jupe, imaginant le serre-taille en-dessous, respirant du bout de ses doigts mes courbes débordantes qu'il aime totalement. Il sourit. 

Je suis bien devant cet autoportrait, avec sa main qui souligne mon corps.

 

Nylonement

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Nylon Passion, #Ordre de la JARRETELLE, #Nylon 50-60

Dans notre merveilleux monde actuel, il faut savoir varier les plaisirs.

Car ce ne sont pas les médias qui continuent à nous rabâcher les mêmes nouvelles, mauvaises ou catastrophiques sans aucune analyse en profondeur, en lançant des chiffres sans même en comprendre le sens, non, ce ne sont pas eux qui vont nous aider à voir le bout du tunnel, le début d'un infime rai de lumière, un début d'espoir.

Heureusement il y a la porte, celle de la maison, celle que l'on franchit pour rentrer vivant chez soi, pour jeter au loin le masque. Respirer enfin, pleinement. Un petit tour sur le balcon, des pots de fleurs, des plantations pour les prochains mois, des éclats de couleur, un bout de nature, je respire avec les chants des oiseaux, j'oublie les dernières voitures, les retardataires rentrant à pas de loup chez eux. Le bruissement des feuilles, du vent qui les chatouille, je reprends une grande goulée d'air frais, celui d'un printemps renouvelant le monde. S'il pouvait effacer les jours derrière nous. Je respire, j'avale l'air, en fermant les yeux, je fusionne avec les petits coups de vent et les rayons du soleil. 

Dix, vingt, trente minutes, je reprends mon souffle, pour recaler les battements de mon coeur avec l'ensemble de mon corps. Une globalité loin du temps et de mon téléphone, resté au fond de mon sac. Déconnectée, sereine. J'aurai encore plus de plaisir à m'allonger dans l'herbe d'un jardinet imaginaire, ou celui de mes parents. Pour recréer cette bulle de sérénité, faire quelques pas dans ce bien-être enveloppant, j'aime cette coupure avec notre monde. Tout cela m'est devenu indispensable, pour retrouver mes rêves d'avant. 

 

    

 

    

 

Nylon évasion

Car au-delà des restrictions, des limites variables d'un confinement flou, des amies non croisées depuis des mois, des libertés de sortie annihilées, j'ai l'impression d'avoir perdue toute mon insouciance. Source sans fin de mon imagination, d'espoir mêlée de vérités et de doutes profonds, de folie douce et de d'espérance en le futur, ou simplement source de rêves délicats, je ne suis plus enjouée comme avant. Les autres me manquent un peu, parfois beaucoup, les moments de détente sont différents, comme coincée par cette pression diffuse bloquant nos vies dans un carcan difficile à rejeter consciemment, plus encore à ignorer inconsciemment. Mes nuits sont brouillées, alors j'aime rêver avec les yeux ouverts, derrière ma porte.

Sur mon balcon donnant directement sur ce jardin privatif, chaque jour je me coupe de l'agenda du jour, je respire, je me reconnecte à la nature et aux saisons, même si il pleut dehors, je respire lentement. Mais aussi dans mon sofa bleu nuit, sur ce nuage, vautrée dans les nombreux coussins, avec un livre à la main, épuisée par la tension au travail, je fais des siestes à toute heure. Je me libère de ces limites, je flotte dans le moelleux du molleton, le soyeux du satin mais aussi du velours. Chaque coussin apporte sa petite bulle de sensations, avec parfois mes parfums imprégnés, mêlés à leur matière. Dans ma salle de bain, nue sous une pluie fine sans fin, dans la vapeur, absorbée par l'eau, je rêve encore, je m'évade dans une plongée, dans un souvenir de voyage, dans une proximité avec elle ou lui, des mains qui caressent mon corps. Je ne rencontre que l'eau pour faire vibrer la sensualité de ma silhouette. Liquide coquin, liquide complice de mes yeux clos, de mes mains multiples, ici et là, pour jouir de ce manque, pour créer l'illusion d'un rêve érotique. Vibrations. 

Alors je suis là, entrer par magie dans ma bulle, celles des passions, ces univers différents où vous ne pensez plus à rien d'autre, juste une collectionnite aigüe ou une routine de petites choses qui vous donne un semblant d'addiction. Lire est une passion, comme parfois écrire est une tentacule étouffante et libératrice pour m'évader ailleurs. La mode, les chaussures, les bottes plus récemment, les hauts talons sont des passions esthétiques offrant le bonheur double de pouvoir s'immiscer dedans, et de devenir une autre. Mode caméléon de mon caractère et de mon image. Et puis ce détail secret, cette clef de féminité si personnelle, totalement part de moi, de ma silhouette et de démarche, intimement enveloppante. J'ouvre ma commode, des tiroirs entiers de lingerie, de jarretelles affolantes, nombreuses et multiples, de serre-tailles en dentelles colorées, invisibles pour les autres, pour moi uniquement devant mon miroir, sous mes doigts, sous ma robe. Guêpières voluptueuses pour donner vie en profondeur soyeuse à mes seins, à ma taille et surtout à cette allure toute particulière en la portant, je caresse les matières, je suis encore avec quelques gouttes d'eau sur ma peau, nue, prête à plonger dans cette bulle de soie et de satin. J'hésite, je m'en amuse car je suis encore plus femme face à ses choix de pur plaisir tactile. Peut-être esthétique, aussi de confort, j'hésite encore, j'ouvre les deux tiroirs suivants, le nylon à 200%. Récent ou vintage, des dizaines de paires, des variantes de couleurs, de finesse avec des douceurs incroyables dessus et dessous, de transparence et d'opacité. Une drogue ultra-douce, je respire avec ma peau devenue très sensible, fusionnelle avec cette sensation unique. Des bas, des dizaines de bas et autant de sensations, uniquement pour moi. Pour me retrouver libre avec mon corps, sans limites de douceurs. 

Et si je prenais cette paire de bas rouge avec des coutures noires, juste pour moi.

En totale liberté.

 

 

Nylonement

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Portraits, #Femmes - demain

Le printemps est là, il a même laissé l'été s'installer deux ou trois jours, avant de reprendre en main son calendrier et ses divagations météo. Chaud, froid, douceur et finalement fraîcheur matinale pour délicate température pour des balades en après-midi, je suis en phase avec cette nouvelle saison. Je l'observe depuis ma fenêtre de chambre, vautrée dans le lit encore à cette heure inhabituelle, regardant le ciel, à l'écoute des bruits de la rue, enroulée dans ma couette, un vieux livre pour seul compagnon. Un roman noir, mon remède pour dormir, car depuis des semaines, des mois, j'ai perdu totalement mes repères horaires. Plus rien en commun avec les années précédentes, plus rien du tout. Réveil à toute heure, insomnie, lecture nocturne, sommeil avec la lumière allumée, livre en main, assommée par les mots.

Je somnole à dix heures du matin, je me retourne, je me fais un café, une caresse pour le chat passant entre mes jambes, réclamant quelques croquettes. Je regarde dehors, les premières feuilles des châtaigniers percent leurs gros bourgeons, verdissent et grandissent, déploient les rémiges finement plissées d'un origami spectaculaire, les feuilles prennent de l'ampleur et se frottent au vent froid. Les rares passants filent vers leurs bus, sautent dans la chaleur de la foule. Moi, je me ressers du café, un morceau de brioche et je regarde ma pile de livres, lequel pour aujourd'hui.

 

Retrouver le feu

Non pas que je sois libraire en pleine préparation de la rentrée littéraire, ou critique voire bibliothécaire. Pas même professeur. Juste une dévoreuse de voyelles et de consonnes, depuis longtemps, des milliers de mots avalés, digérés et oubliés aussi. Je nourris mon imaginaire. 

Actuellement je remplis mon espace. Je ne fais pas rien, enfin si un peu. Je ne suis pas au travail, je suis en chômage partiel, pas total manque d'activité. Je suis, nous sommes interdits de travailler. Trop dangereux. Pourtant avec mon équipe, j'avais pas l'impression de faire partie d'une bande de malfaiteurs, ni même d'escrocs. Nous avions l'habitude d'être ensemble tous les jours, du matin tôt jusqu'au soir tard. Des journées jugées sans fin parfois, du bonheur pour nous, pour les autres surtout. Mais depuis des mois, je ne pousse plus la porte de mon antre. Plus le droit, plus envie, plus rien. Le vide.

 

Car j'allais tous les jours vers mes amis, les producteurs, les fournisseurs, les petits et les gros. Pour choisir mes produits, pour parler de saison, de production en fonction de la météo. Chaque semaine ouvrait de nouvelles opportunités, un nouveau marché pour des menus revisités, et là juste après j'allumais ma cuisine, je dirigeais les petits nouveaux, les anciens dont les commis. Chacun s'attelait à sa tache, avançait vers ses préparations pour le prochain service. Le lieu devenait un tourbillon de recettes, de petits ajustements et de rappels. Tout prenait place pour un éternel recommencement, la salle se mettait en ordre de marche, les vins de la semaine prenaient place sur la console centrale, avec des dégustations pour des corrections d'assaisonnements. Un verre de cristal, un rouge lumineux, une nouvelle cuvée de champagne dans une flûte, des sourires complices avec les deux sommeliers. Une mécanique de haute précision avec tout le monde, le dernier briefing avant les premiers clients, les commandes, les menus et les plats, le coup de feu, la folie quotidienne, la transe durant près de deux heures et le calme relatif avant le repos. Plutôt une pause avant le soir, les diners d'affaires ou en amoureux, les tables d'amis, les gourmands et les gourmets, les passionnés qui veulent parler avec la chef. 

 

Mes larmes coulent, car je ne peux plus les retenir derrière ma fenêtre. Je vois le monde défiler sans moi. Mes autres amis restaurateurs, passionnés et virtuoses privés de leurs instruments, de leurs partitions, de leur public, de leur nourriture intérieure. Plus rien ne fait battre mon cœur. Car si l'effort quotidien était intense, régulier et toujours sous tension, j'aimais cela, j'aimais tant cette fatigue compensée par le bonheur partagé avec les clients, exprimés dans leurs gourmandises ou leurs mots. 

 

J'ai gardé mon équipe, mais depuis quelques semaines, après avoir préparé et testé des recettes, des nouveautés sans clients pour valider mes créations, je me sens toute vide. Je perds le goût, je n'invite même plus mes plus proches amis pour une dégustation impromptue accompagnée d'une bouteille mystère. Le jeu a avalé les joueurs, les pions et les règles n'ont plus qu'un goût d'extrême fadeur. Rien. Plus de lumières dans ma salle, dans ma cuisine, dans les celliers, le noir complet, celui-là même que je ne trouve plus la nuit. Plus de repères, et surtout aucun espoir d'apercevoir ce bout de tunnel rassurant. Plus de saveurs, de joie, de sourires, de silences gourmets, d'interrogations sur les arômes ou parfums, plus d'épices.

J'attends demain.

 

Nylonement

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Mode, #Douleurs de Femme, #Femmes - demain

Ce premier week-end depuis des semaines, depuis des mois, j'ai perdue la notion du temps, je ne sais plus quel jour nous sommes. Juste ce calendrier posé sur la commode de l'entrée, le courrier en vrac, un lieu de passage où je n'ai fait que des allers-retours depuis l'année dernière, depuis février. A ce moment où nous avons basculé dans une autre dimension, sur une planète d'urgence, de débordements, d'entrées nombreuses, très et soudainement trop nombreuses. Nous n'avions plus de lits, pas de solutions, pas d'idées sur ce qui nous arrivait, nous les entassions en nous protégeant au mieux. Du matériel, des indications, des contre-indications, un part de mystère, des médecins, des responsables un peu perdus mais avec des capitaines convaincus avec leurs navires glissant vers la tempête. Je regardais ce spectacle assise par terre, fatiguée, le dos collé au mur d'une chambre où il venait de mourir. Oui, ils arrivaient faibles, malades et nous ne savions pas ce qu'il fallait faire. Et quand nous avons eu des débuts de solution, nous étions déjà en train de chavirer, l'eau entrant de toutes parts, les brancards bloquant les malades incertains, les morts pestiférés. Personne n'était prêt pour cela, et le manque de moyens nous enfonçait dans cette fatalité complète. Nous avons accepté de vivre sur place, de ne plus rentrer chez nous, de dormir là, par terre dans ce coin de réserve, dans cette salle d'attente vide de familles. Ils ne venaient plus voir leurs défunts, c'était interdit par peur de la contagion, avec ce mystérieux virus. Sans savoir, mais dans la contrainte, j'ai continué, j'ai tiré une énergie dans mes piles vides, j'ai mangé les petits plats apportés par des restaurateurs si gentils, par des familles infiniment reconnaissantes. Non ici, nous n'avons pas entendu les applaudissements car je n'étais pas chez moi, dans mon petit immeuble, dans mon appartement cocon. 

Tout cela pendant des semaines, des mois, car confinement ou pas, les moyens ont manqué, si mal organisé, puis le personnel a manqué, puis le repos est devenu un concept surréaliste. Absolument abstrait. Des zombies soignant des personnes malades, dans une routine effrayante financièrement, dans une logique économique impossible à défendre car chacun y trouvait à redire, dans un tourbillon d'humanité bien réel. D'ailleurs c'est lui qui a été notre seul moteur car nos métiers du secteur médical sont des vocations en premier lieu. Pas une simple fonction, un simple agenda avec un nombre d'heures dans un tableau excel. Nous avons travaillé, encore travaillé, au-delà de l'entendement, à bout de forces, au-delà de nos limites, nous avons crié notre désespoir face au mur des politiques, face aux défunts trop nombreux. Nous nous sommes épuisés, écroulés, nous avons explosé en vol, pour essayer de trouver quelques heures d'affilée de réel sommeil, avant de reprendre une journée de plus, une semaine de plus, avec un samedi, un dimanche, un jour par-par-ci par-là. La notion de week-end s'est effacé de mon planning, j'ai bossé pour sauver des vies. Ma vie.

 

 

Froissée

Et là dans cet appartement, je ne me retrouve même plus. J'avais déménagé fin 2019, juste avant le rush. J'ai encore des cartons dans les coins du salon, des meubles sont encore en mémoire de mes possibles achats, dans mon ordinateur portable endormi depuis des mois. Je ne me souviens plus quand j'ai changé les draps, je ne me souviens plus de la dernière lessive de mes propres vêtements. Ces petites robes d'été à peine sorties mi-août pour deux restos avec des copines, avec ma mère de passage à Paris. Sinon le reste du temps je suis en pantalon, en blouse ou tunique médicale, du professionnel pour tous les jours. Sans parler des surblouses, des tenues jetables, enfilées chaque matin, chaque soir, toute la journée, retirées pour être remplacées par d'autres tenues. Nous avons eu une période encore plus folle, avec des surblouses taillées dans des grands sacs poubelle. Rien pour se défendre, sans même savoir le degré de contagion, de dangerosité surtout de ces virus mutants. 

Des semaines, des mois et rien de plus, rien dans le frigo, je n'ai même pas eu le temps de prendre connaissance des magasins de ce nouveau quartier. Et puis de toute façon quand parfois je rentre, trop tard, tous sont fermés. Je n'ai pas eu le temps de dépenser le moindre euro durant les soldes. Même pas via l'ordinateur de la salle de pause, je me suis endormi plusieurs fois simplement en lisant les emails des amies et de la famille. J'avais plus d'énergie en moi, alors pour la mode, je me suis contentée des années passées. Même pas une paire de chaussures, ah si, une paire de bottines. J'ai négocié avec la  patronne par téléphone, car je l'avais vue, j'avais craqué pour cette paire plein cuir noir et rouge, sobre dans le design, avec des talons très fins. Mais avec une boutique toujours fermée, alors j'ai commencé avec des mots écrits glissés sous la porte, un numéro de téléphone, un paiement en liquide dans une enveloppe, sans jamais croisée la patronne de cette petite échoppe. Mon code pour la porte du porche de mon immeuble, et un soir, deux semaines plus tard, les bottines dans ma boîte aux lettres. Une étoile dans la nuit, ce soir-là, très fatiguée, j'ai pris une douche chaude et parfumé pour retrouver mon odeur, pour éloigner celle de l'hôpital. Je me suis glissée dans un collant opaque, avec une petite robe noire, simple et follement plus féminine que mes vêtements de mes dernières journées. Les bottines étaient sur la table basse du salon, je les ai chaussées. Et je me suis endormie ainsi. Habillée, épuisée toujours. Heureuse.

Elles sont encore là sur la table basse, avec des verres et un bouteille vide de jus de pommes, quelques bricoles et des restes de junk-food.

Je vais prendre une autre douche, avec beaucoup de parfums pour voyager jusqu'à chez moi.

 

Nylonement

 

 

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - vous, #Gentleman W

Rien n'est plus évident que ces moments où il s'absente. Il n'est plus là, dans cette pièce près de moi, il s'éloigne en étant assis là à côté. Son corps devient mou, sans lien avec l'espace environnant.

Et puis il y ces mots, ces phrases cachées ici et là sur ces post-it oubliés, incontestablement des signes de cette errance qui reprend en lui. Ailleurs, il l'est déjà, dans cette dimension qui lui donne de l'amour. Chaque battement de coeur si particulier s'attache à des émotions, faibles dans la douceur du matin, plus fortes dans la journée, intenses quand la nuit tombe, que le noir dehors enveloppe le monde, absorbe les bruits, avale les silhouettes et leurs discussions téléphoniques inutiles. Il retrouve ce calme relatif, il laisse son coeur battre plus fort. Des mots encore sur son téléphone, des sms si longs qu'il faudrait un écran d'ordinateur pour les lire totalement. je les survole, je retrouve son style, ses tournures bien à lui, sa façon de lui dire "je t'aime", et puis parfois plus charmeur, plus gentleman encore avec son "je vous aime". Il les laisse partout, il est avec elle, j'en suis sûr.

Il n'a pas voulu me le dire, encore moins l'avouer. Me le demander serait trop incongru. Alors il est parti, en justifiant de tout et de rien, en prenant quelques jours de retard de vacances, il est monté dans le train vers Trouville. Son antre, les mauvais esprits diraient "sa garçonnière". Un simple cocon sobre en décoration, avec une table ronde bien éclairée, des mouettes pour rappeler la proximité de la mer, un calme secoué de rafales de vent et de gouttes de pluie indiscrètes sur le velux, il aime ce lieu. En arrivant du train, il traverse le pont depuis Deauville, toujours les mêmes habitudes, toujours un passage par cette petite boutique pour un stock de boîtes de sardines, de maquereaux ou de miettes de crabes. Un arrêt chez le boulanger pour une miche de pain, des sourires à la belle brune, un peu plus loin, quelques bières locales, blanches un peu épicées, il sait déjà qu'il y a une bouteille de gin qui attend, des bouteilles de champagne à volonté. Voilà il pousse la porte, il allume le chauffe-eau, prend une douche, se glisse dans un pantalon, dans un tee-shirt à manches longues dans un coton très doux, usé par le temps, gris pour être neutre. Il dépose ses chemises dans le placard de la chambre, s'assure d'avoir quatre oreillers moelleux. Ensuite il redescend pour se servir un schweppes avec un demi-doigt de gin, trois rondelles très fines de citron.

Je le savais avec sa maîtresse

Elles l'attendent dans le salon, allongées sur le canapé deux places, vierges ou presque. Rien d'affriolant, du blanc, des grandes lignes. 

Sur la table aussi, parfois elle se répand, s'étale de tout son long, offerte à lui, à ses envies, à ses délires peut-être, totalement dévouée à ses émotions.

Lui arrive, avec sa petite trousse en cuir orange, un fétiche depuis de longues années, ce truc qui le suit tout le temps, en tous lieux. Dedans une vieille gomme usée, avec cette odeur particulière, ses recoins noircis, des crayons HB, 3H, 2B mais aussi des feutres et deux beaux stylos-plume, l'un à l'encre noire, l'autre à l'encre bleu roi. Voilà, il est avec elles, non pas une mais plusieurs, parfois en même temps, ses maîtresses finalement se donnent entièrement. Des courbes, des coups de crayon, des glissades sur le papier, mais aussi des mots, des phrases sans limites, des émotions couchées sur l'écran de son ordinateur portable. Il est entré dans son univers, la porte est fermée, son téléphone est en mode avion, il est ailleurs pour plusieurs heures, pour les prochains jours. 

Je sais que ses blessures se sont réouvertes, alors je tolère, non je lui laisse cette liberté complète de s'enfuir dans sa bulle. Là-bas il va pouvoir oublier le monde, partir sur une autre planète tout en étant là, pas si loin. Je le préfère en train de libérer des mots pour soigner ses doutes, des pansements et des traitements simples. Ponctués certes de gouttes de champagne, parfois d'un anesthésiant au goût de gin, il reste sage, s'amuse de s'être étourdi un peu trop en sortant à cinq heures du matin, pour marcher vers le port, vers les premiers bateaux revenant de la pêche, vers la plage, vers ce sable sans fin. Deux heures après il sera assis avec un grand chocolat chaud, deux croissants croustillant, et une envie de la croquer, de dessiner des courbes, de laisser l'eau de l'aquarelle définir les teintes nuancées de sa peau. Puis il caressera de ses neurones enflammées avec des mots encore, rassemblés cette fois, non plus dispersés sur des post-it. Il écrit, il partage sur les réseaux quelques articles, son livre aussi avance.

Ce sont des soins quasi gratuits, il respire en libérant son esprit de la pression, en étant ailleurs. Et entre deux moments où il décroche, où la souffrance le ronge trop, où il choisit de dormir ou de marcher seul, là soudainement il m'appelle pour me dire combien il m'aime. Juste moi.

Ses maîtresses dorment sur la canapé, l'une sur l'autre, un peu en vrac entre couleurs et papier encore blanc, sur la table, dans son ordinateur, elles attendent sa générosité, sa rudesse, sa folie douce. Il gomme, déchire, ne transige pas avec son exigence, il rature, il revient en arrière, efface les mots, recommence, poursuit encore. 

Un moment, quelques heures, quelques jours, il sera là, de retour, juste pour moi.

 

 

Nylonement

 

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