Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Univers évanescent de vos Féminités, votre interprétation quotidienne de la mode, dessus et dessous tout en volupté, entre dentelles & des voiles légers sur vos jambes. Labyrinthe capitonné de glamour, de sensualité, avec mes mots pour souligner votre élégance, pour rendre hommage aux Femmes, chaque jour, avec des billets d'humeur chic, des livres libres, des portraits & des silhouettes, des instants de vie et des regards. Glamour toujours !

femmes - duo de generations

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Portraits, #Femmes - Duo de générations

"Bête comme ses pieds" voilà une des expressions préférées de feu ma grand-mère. Et ce matin, en arrivant dans ma boulangerie, j'y ai pensé très fort.

 

Une vieille dame était là avec son cabas à roulettes, attendant la serveuse du coin café (oui cette nouveauté un peu partout, les pains spéciaux en plus de la baguette, les viennoiseries, les snackings (autrement dit les sandwichs mais parfois aussi des burgers !), les pâtisseries et maintenant les tables pour les cafés, les glaces ou les crêpes, est-ce une boulangerie ou un café ou un salon de thé ? ), la brave petite dame attendait donc une jeune femme arrivant avec des boîtes de capsules pour la machine à café. En fait elle lui a glissé une pièce pour le pourboire, la tasse vide était juste sur la table derrière. Et là arrive une dame, une grand-mère avec ses deux petits enfants, qui lui parle fort, sans discrétion, avec une compassion suintante, celle d'une bourgeoise parlant à une femme de ménage. Elle lui rappelle qu'elles se connaissent, qu'elle devrait lui donner son téléphone pour l'inviter à prendre le café à la maison, un après-midi.

 

Vous vous dites, il écoute, eh oui la queue pour le meilleur croissant de la région est longue.

 

La vieille bourgeoise baisse la voix mais sa surdité relativise la force sonore.

"Faites attention aux deux chiens dehors" elle montre deux petits bouledogues anglais souriants et gentiment assis dehors, attachés, patientant en attendant leur maître amateur de croissant.

"Faites attention ils vont peut-être vous mordre, ils sont sûrement méchants" elle répète plusieurs fois à la simple dame. L'autre la regarde, les petits enfants zieutent les deux chiens tranquilles. Le maître entend les propos, sourit.

La première dame pousse son cabas, les roulettes restent bloquées sur les bottes de la seconde. Sa simplicité n'empêche pas son intelligence. Elle se penche.

"Non Madame, ces petits chiens, les animaux en général. Tous les animaux ne sont pas méchants. Non, non. Seuls les humains sont méchants."

La vieille bourgeoise renchérit en la voyant partir sur les chiens méchants, et une fois la porte franchie sur son numéro pour un café. Un grand vide, Un silence.

Deux gamins désabusés car ils trouvent les chiens si mignons.

 

Et là, le maître avec ses deux croissants repassent près d'eux, entre sourire sarcastique et possible colère sous-jacente, il interpelle le trio.

"Non, mes chiens ne sont pas méchants. Ils attendant sagement. Vos petits-fils peuvent venir les caresser sans danger." 

La vieille aigrie de la vie, aurait volontiers tirer la laisse invisible pour retenir ses petits fils. Ceux-ci piaffaient maintenant d'aller voir les deux bouledogues anglais sautillant en voyant leur maître revenir vers eux. Et celui-ci d'ajouter :

"Ah si, ils mordent que les vieilles peaux acariâtres."

 

J'ai souri et j'ai acheté mes deux pains au chocolat.

 

 

Nylonement

 

 

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - demain, #Femmes & Portraits, #Femmes - Duo de générations

Ce matin j'ai écrasé une pâquerette, plutôt une belle cinquantaine. Avec quelques pas, je me suis faufilé dehors, dans mon jardin, la pelouse a pris goût aux rayons de soleil et aux rares gouttes de pluie. Verte, elle grandit chaque jour, elle fête le Printemps, cette nouvelle saison pour la nature extérieure, cette pleine croissance renouvelée pour un quatuor à venir de saisons. Et çà et là, les petites fleurs sont sorties, ont relevé leurs têtes blanches ponctuées de jaunes, pour envahir la verdure. Elles sont là, et nous ne pouvions plus rester dans la maison, sans un bol d'air. Pieds nus, nous sommes allés prendre notre premier petit déjeuner d'extérieur. Pain frais et café, nous voilà traversant le carré vert, observant les touches de couleurs, les jonquilles et leurs cousines narcisses, les premières tulipes jaunes et les primevères, nous nous sommes installés sous le grand tilleul. Pour profiter un peu plus du soleil, nous avons déplacé la table au milieu de l'herbe, ainsi les effluves de café et de beurre sur les tartines de pain tiède nous ont emportées.

 

 

Ensemble
Ensemble

Dans ce jardin,nous avons pris le temps de savourer la météo nouvelle et d'oublier la crise qui enveloppe la planète. Doublement seules, je suis heureuse d'héberger ma petite fille  durant cette période, nous pouvons nous retrouver, partager nos émotions et nos doutes. Mais positives de nature, nous aimons plutôt profiter de ces fausses vacances pour nous parler encore plus. Je suis ses études, qu'elle-même poursuit avec internet dans la bibliothèque, sur le bureau de mon défunt mari, son grand-père. Transition et même transmission, je peux échanger avec elle sur ses sujets d'études, à propos de ses ambitions dans le droit, sur sa volonté de devenir avocate ou magistrate. Ici, elle peut rêver les yeux ouverts, elle peut libérer ses envies, ses émotions de jeune femme, sans voir ses amies certes, mais la aussi la magie d'internet lui permet de garder les liens avec les autres. Hier nous avons même fouiné dans les coffres et armoires pour des essayages de mode, vintage pour elle, de mon passé. Nous avons aussi nos moments chacune dans notre coin, je pars alors dans mon atelier pour peindre ou modeler, elle tapote son clavier, parle à son écran, annote les pages de ses livres d'études. 

J'avoue que je savoure cette rupture de solitude. Ma retraite avait trouvé ses routines depuis que j'étais seule, avec des sorties parfois, des visites des uns et des autres, mes expositions et leurs laborieuses préparations. Elle est là pour me partager son énergie, pour me faire rire, et puis je peux lui parler de ma vie, en totale complicité. Moi aussi j'ai été une féministe revancharde, mais aussi une femme au foyer attaché au joug du mariage, je lui explique pourquoi j'ai fait des études plus tard après la naissance de sa mère et son oncle, comment j'ai commencé à travailler pour avoir mon indépendance financière. Avec malice pour pourvoir acheter des sacs à mains et des escarpins dont je rêvais, mais avec le yeux amoureux de mon mari. Je lui livre mes coups de coeur, mes colères aussi, et la sagesse qui aujourd'hui devient un trésor de valeurs. Un bien immatériel que j'aime partagé, encore plus avec elle, cette fleur en pleine éclosion. 

Toutes les deux, nous nous protégeons mutuellement, nous avons deux coeurs en harmonie, avec nos deux générations qui suivent les tumultes de notre société. Deux approches différentes qui se croisent, nous avons tant de plaisirs à être ensemble durant cette période difficile, sans connaître la durée. Situation douce au final, les pieds nus dans l'herbe, avec quelques pâquerettes courbées sous nos pas, mais toujours relevées vers le soleil après nous, nous respirons pleinement la vie.

 

 

Nylonement

 

 

 

 

 

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #femmes - duo de générations, #femmes & mode
Bonjour Mamie !

 

Avec ce temps froid, ce vent si glacé qu'il arrive à me refroidir malgré mon snood en laine et ma capuche, je sonne et je pousse la grille du jardinet. Elle est là, juste derrière sa porte ancienne, avec une grille en fer forgé patiné par les décennies. Ma mamie m'accueille au chaud, dans ce "chez elle" où tout est différent.

La chaleur, car il fait toujours un peu trop chaud, c'est l'âge qui veut cela. Un chauffage et pourtant elle allume, tous les jours de l'automne et de l'hiver, sa cheminée. Celle-ci crépite dans le petit salon, car ici les dimensions sont d'origine, une cuisine tout petite, à peine assez grande pour y poser les casseroles, encore moins pour mettre une table pour quatre. Alors j'aime me lover dans la salle à manger, avec un chocolat chaud, des tartines grillées de bon pain et sa confiture maison. Avec des fraises caramélisées dans leur jus, entières parfois, provenant du fond du jardin, juste derrière cette fenêtre. Vous pourriez voir Maigret traverser les lieux, sans être surpris, car le mobilier, ce vaisselier par exemple, est dans son odeur d'origine. Cire d'abeille, poussières un peu aussi, vieux tapis et quelques vieux rideaux, elle n'a plus envie de changer. Elle trouve de toute façon le design suédois de mon studio un peu morne pour ne pas dire triste. Alors des cuivres sont posés çà et là, des théières anciennes aussi, avec quelques écharpes en cours. Oui elle tricote, elle commence souvent, finit parfois mais pour l'hiver suivant. L'amusement reste sa motivation, car dès qu'il fait beau, elle sort marcher dans son jardin ou dans le parc voisin, avec des amies. Le club des veuves, dit-elle en rigolant.

 

Bonjour Mamie !
Bonjour Mamie !

 

Sinon, elle peint dans son atelier, l'ancien bureau de son feu-mari, une expression qui me surprend toujours, dès qu'un rayon de soleil entre dans la pièce. Et puis il y a un salon minuscule, plutôt une bibliothèque minuscule avec des tas nombreux de livres, des piles qui tombent et reprennent forme, mélangeant les lectures en cours et les romans jamais finis. Elle écoute de la musique sur des vinyls vintage, elle aime vivre en dehors de son temps, mais un ordinateur portable n'est jamais loin car elle adore internet pour parler avec sa petite famille éparpillée en province et même à l'étranger pour les études. Mais son réel trésor, c'est l'étage avec les trois chambres, le carrelage ancien, la salle de bains avec sa baignoire des années 60. Dans l'une des pièces, elle stocke toute sa garde-robe depuis sept décennies, sans rien jeter. Très coquette, très charmeuse et élégante, depuis sa jeunesse, elle coud, elle achète et conserve sa mode. Alors pour ses petites filles, c'est un voyage dans le temps. Avec les accessoires de chaque époque, des gants et des chapeaux, et toutes ses chaussures. Nous avons prié pour avoir la même pointure, pour pouvoir nous glisser dans ses bottines, ses escarpins et ses bottes, finalement, ce sera les robes, même si moyenne nous faisons quinze bons centimètres de plus qu'elle. Mais la même taille, la même poitrine, juste des jambes plus longues. Aujourd'hui je viens pour trouver quelques perles pour le weekend, des balades avec des amies, un resto avec mon amoureux. Elle rit et dans ses yeux elle savoure ce bonheur de la transmission durant les essayages. Pour cette robe, elle cherche dans un tiroir plus que rempli des gants et ajoute des bas nylon avec couture. Un clin d'oeil sur sa féminité, sur cette mode qui redevient à la mode, sur cette touche de volupté pour soi. Je l'adore. 

Merci Mamie.

 

 

Nylonement

Bonjour Mamie !

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - vous, #Femmes - demain, #Femmes - Duo de générations
White Monday

Reprendre le cours de cette nouvelle semaine, en pensant à hier, dimanche, installée dans mon canapé, à boire du thé noir, en pleine lecture, j'étais si bien. Une pause, je me suis offert un weekend de trois jours, et aujourd'hui je retourne au boulot avec l'esprit libre. Mais en évitant les discussions autour de la machine à café, avec le même sujet obsessionnel depuis lundi dernier, les bonnes affaires, les remises et les promotions folles.

 

Moi, j'ai pris mon vendredi pour aller voir deux expositions, pour ne pas les rater, et surtout pour profiter du calme ambiant, loin des magasins, loin de vague de consommation, d'idôlatrie de ce besoin compulsif d'avoir toujours plus. Ensuite j'ai flâné pour aller prendre tranquillement mon repas dans un restaurant à vocation d'insertion. le café joyeux au coeur de Paris. Un lieu sympathique, où le personnel est un mixte naturel de personnes avec des handicaps, pour mieux comprendre nos différences et plus certainement nos réalités. Délicieux dans l'assiette, détendue pour l'ambiance.

 

Samedi, j'ai marché pour aller dans un dépôt Emmaüs, avec mon sac à dos, mon parapluie, mon sourire aussi. Détente toujours, pas de queues à la caisse, pas d'affolements excessifs dans les rayons, juste du temps pour passer entre les allers d'étagères remplies d'objets recyclés, utiles ou non, mais en quête d'une nouvelle adoption. Un coup de coeur, un besoin, une futilité, dans tous les cas, c'est pour une bonne cause, et une réutilisation en phase avec le développement durable. Moins de déchets, plus d'échanges car ici les bénévoles ou les personnes en réinsertion, toutes sont souriantes, promptes à vous renseigner, vous guider et surtout vous emporter dans les souvenirs d'un objet, des souvenirs d'un lieu ou d'une époque. Tous les styles se croisent, s'amusent les uns des autres, du kitsch impossible au design vintage trop marqué, toutes les matières s'expriment. 

 

Alors fidèle à mes mauvaises habitudes, oui je consomme trop de mots, trop de voyelles et de consonnes, j'ai dépassé mon quota d'adverbes, de locutions et de paragraphes mais heureusement je ne paye pas d'impôts sur la culture. J'ai pris quelques livres, quelques romans mais aussi des livres de voyages, des vieilleries pour comprendre la vision de notre modernité actuelle vue depuis les années 50 ou 70. Un regard dans le rétroviseur sur le monde d'aujourd'hui, une lecture riche et édifiante, car parfois ils se trompent, parfois ils annoncent nos erreurs. Des livres, encore quelques uns, bref un sac à dos rempli et un second sac plein. Je suis revenu, j'ai réchauffé mon pot au feu, les saveurs pour donner une belle odeur à la maison, j'ai posé mes fesses dans le canapé, j'ai lu jusqu'à m'endormir sur les pages. 


Des livres toujours, du thé dimanche, rien de plus, des mots et encore des mots. Aucune dépense sauvage, juste du bonheur pour moi, en aidant indirectement les autres. Je me sens beaucoup mieux ainsi, même avec mon vieux mobile, acheté sans aucune promotion, il y a si longtemps. Tout cela suffit à ma vie.

Simplement.

 

 

Nylonement

 

White Monday

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Portraits, #Femmes - Duo de générations, #Femmes - demain
Art et toi ?

 

Le temps a passé depuis les sorties d'école où je venais chercher ma petite fille. Un moment si particulier, survenu quatre ans après la première joie d'avoir une nouvelle personne dans la famille, une autre génération. Une petit fille, Colombe, un prénom de paix et d'espoir, une fleur venue au printemps, dans le couple de mon fils et de la si gentille belle-fille, j'étais grand-mère. Mamie plus exactement quand les premiers mots sont venus, et je me suis accommodée de cette boule d'énergie qui dévalait les pentes du jardins, remontait et recommençait durant tout l'après-midi. Insatiable ou simplement curieuse, elle aimait faire le tour du jardin en tenant la main de "son" Papy, ne le partageant pas durant ces moments complices pour découvrir le noms des fleurs, tentant vainement de les répéter. La malice de celui-ci arrivait toutefois à faire dire à une petit fille des noms en latin, qu'elle écorchait à volonté avec un grand éclat de rire ensuite. Découvrir aussi les insectes, les moineaux nichant au-dessus du garage, les lézards sur les trois pierres chauffés par le soleil, la petite mare pour les grenouilles, un univers qu'elle dévorait seule. Puis sont venus deux jumeaux dans sa maison, des cousins, des cousines aussi, le jardin avait alors son guide attitré pour expliquer aux autres, avec un brin de fantaisie, les qualités et défauts des insectes, des fleurs et même des fleurs de pissenlits. 

 

Aujourd'hui, nous sommes entrées ensemble pour partager une visite d'exposition d'art. Elle a grandi, trop vite, venant moins souvent nous voir, regrettant aussi le départ récent de son papy, retrouvant après une pré-adolescence compliquée et rebelle, une ascendance plus douce, plus proche de moi maintenant, entre adolescence et ses premiers pas d'adultes. Nous voilà heureuses en duo pour marcher sur ce parquet ancien, pour commenter les tableaux et les sculptures. Devant nous, un duo de pipelettes, hautes comme trois pommes, dissertant sur la jupe de cette ballerine, refaisant la réalité avec leurs repères d'enfants. Rires doubles de notre part, car tout cela se raccroche à nos souvenirs. Immuables émotions communes !

 

 

Nylonement

 

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations, #Femmes - demain
Automne

 

Emotions, plantées dans la peau, imprégnées sans être tatouages, je pense à elle, partie plus loin sans moi. Aujourd'hui elle me manque un peu plus, sûrement ce ciel gris d'automne. Je ne vois pas les passants sur ce trottoir, je tente vainement de lire ces rapports pour aider mes clients dans leur développement commercial. Mon esprit est ailleurs, dans un espace différent, une dimension de souvenirs. Ma mère, cette femme avec laquelle nous avons tant partagé, mes frères et soeurs, durant nos années d'enfance, plus encore à mon adolescence où elle dirigeait la maison, gérait le budget serré, donnait des valeurs à nos errances de jeunes loups. Mais le soir, elle passait dans chacune de nos chambres, prenait le temps de nos écouter, savait trouver les failles et les doutes pour les ramener dans une bulle positive, elle était si présente. 

Je me souviens de nos discussions, de mes premiers amours, de mes premières ruptures inconsolables, de mes doutes liés à ma sensibilité en devenir, elle ne donnait pas de conseils, elle usait de métaphores et de paraboles pour guider mes futurs choix, pour me laisser libre de mes pensées mais avec des guides, des chemins plus rassurants dans le brouillard de mes hormones bouillonnantes. Elle savait, elle ne voulait le dire quand ma vie changeait, quand ma vie trébuchait, quand ma vie s'envolait. Dans sa cuisine, dans sa salle où elle faisait le repassage, dans ses lieux bien à elle, elle était cette femme ambitieuse devenue femme au foyer, avec des ailes non pas coupées, juste repliées. Avec des livres, elle s'évadait, dans les romans à l'eau de rose, parfois elle apercevait un nouveau prince charmant, mon père était parti sans un mot, ailleurs avec une autre. Chaque mois il déposait des billets dans une enveloppe, il ne nous voyait plus, trop pris par son travail, nous disait-il. Elle rêvait, elle ouvrait une autre dimension, et tout en faisant du crochet devant la télé, elle pensait encore au dernier chapitre d'un livre qu'elle reprendrait tôt demain matin, levée pour préparer nos petits-déjeuners. 

Je n'oublie rien de cela, mais aujourd'hui elle me manque un peu plus. Le téléphone ne répond plus depuis deux ans déjà. Mais ce n'est pas la distance, c'est juste le vide d'une vie éteinte. Je suis sans elle, et même les bras de mon compagnon ne suffiront pas. D'autres émotions d'amour certes, mais son coeur avait un écho si particulier en moi.

 

Nylonement

 

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Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - vous, #Femmes & Portraits, #Femmes - Duo de générations
Ma chère petite fille

J'aimais profondément cette grand-mère, malgré la distance, moi à Bordeaux, elle dans la banlieue parisienne. Nous communiquions toujours, souvent une fois par semaine, elle très prise par son agenda de baby-boomeuse à la retraite surchargée d'activités, moi par les premières années de mon boulot après de longues études. Mais par le téléphone, les messages à défaut de nos discussions interminables, aussi par email car elle adorait être branchée avec les nouvelles technologies, mais toutefois, elle conservait des formules de politesse de sa génération. Un détail délicieux quand je devais la lire.

 

" Ma très chère petite fille,

Je t'écris, je ne veux troubler tes semaines grandement remplies de déplacements, de réunions et de rapports, d'heures trop nombreuses passées dans ton bureau, derrière ton écran ou ensuite dans les transports, mais j'avais envie de partager un peu de moi, ta grand-mère, avec toi, ma chère petite fille. Le temps est aux élections, et je me ferai un devoir de voter, car c'est important. Même indispensable en ces temps troubles où la peur est devenue le vecteur de remplacement de nos pensées. Un moyen subversif d'endormir nos réflexions par rapport  aux événements qui touchent de près ou de loin nos vies. Chômage et pouvoir d'achat, même je préfère parler de porte-monnaie vide ou avec un petit billet encore pour le superflu. Attentats qui brûlent les vies et sèment le doute, renforcent les haines actuelles sans penser au passé. Car l'histoire a aujourd'hui de l'importance, même si les époques sont différentes, n'oublions pas le passé.

 

Ma chère petite fille

 

Toi, mon unique petite-fille au milieu des six autres petits-fils, je veux te dire que j'ai vécu la seconde guerre mondiale dans une insouciance de jeunesse. Née au milieu de ce chambardement, avec mon père notaire un peu perdu dans ces responsabilités, ne voulant pas croire en Vichy, ne voulant pas fuir avant de la faire en zone libre, avec ma mère et mes frères plus âgés. Nous avons vécu cela comme une lessive sans fin, coincés dans le tambour sans relâche des doutes, des menaces, des descentes de police ou de milice. J'ai lu, j'ai vu les différentes versions du livre "un sac de billes" dont la dernière avec Bruel, c'est un peu de notre vie, de la mienne sans être juive. J'ai aimé la libération, le goût âmer des années suivantes, libres mais pauvres, les tickets et le manque de choses simples. Pour autant j'ai rêvé en grandissant dans les années florissantes des trente glorieuses, de retour sur Paris. Mes frères ont travaillé, créant des commerces, reprenant le notariat pour l'un d'entre eux, ma mère votant pour la première fois, mettant des robes plus courtes, croquant ce nouveau monde. Et moi j'ai suivi cela malgré la rigidité affiché de mon père, mais un doux poète aussi, un artiste peintre à ses heures perdues, un papa tendre avec la petite dernière. 

J'ai pu faire des études, manifesté en 68, crier les libertés des femmes pour être l'égal des hommes, pour être fière devant mon miroir, pour être libre de ma mode. Ah les mini-jupes, mes jambes à l'air, les regards des hommes et des femmes, mon corps dont je pouvais disposer avec la contraception. Tant de détails pour vous, maintenant, durement acquises avec le temps et l'opposition de politiques cachés derrière une religion ou des valeurs ancestrales. J'ai fait du droit, j'ai suivi des chemins sinueux dont ceux de l'amour, plutôt d'ailleurs des amours divers, l'époque le permettait. J'aimais jouir, oui c'est si bon, et puis tu garderas cela pour toi. Grand-père était un homme élégant, avec des forces mais aussi des failles douces pour m'aimer toujours plus, la maladie me l'a enlevé trop tôt. J'ai donné doublement, triplement ma vie pour la famille, pour vous tous, mes enfants et petits-enfants. J'ai toujours adoré les fêtes de famille, les oncles, les tantes, les neveux et nièces et autres cousins, les repas que l'on prépare ensemble, que l'on partage à la bonne franquette, les sourires de chacun. Les fêtes et encore les fêtes, avec ce bonheur de les préparer, de les vivre et d'en parler ensuite. J'ai donné aussi de mon énergie dans des associations pour le droit des femmes, pour faire comprendre aux politiques de tous bords ce qui manquait encore pour arriver à une certaine équité. J'ai débattu, j'ai hésité à aller vers les uns ou les autres, de droite, de gauche ou du centre sans les extrêmes toutefois. J'ai refusé de voir ma liberté se raboter pour rentrer dans des cases, dans un système parfois trop trouble pour être honnête. 

J'ai vécu, je vis encore avec mille choses à faire dont penser à vous chaque matin, voir vos occupations et vos amours tout en continuant à coudre avec mes amies, à peindre avec d'autres, à visiter avec les plus vaillantes les expositions ici et ailleurs (je pars à New-york en mai pour info). J'aime tout cela, et je pourrai t'en dire encore et encore. Mais cette liberté, cette valeur que j'espère avoir transmise sans les excès et surtout en combinaison avec la valeur de respect, j'espère que tu la porteras toujours en toi.

Et pour conclure, je suis bavarde aujourd'hui, il faut voter, pour celui que tu veux, mais il faut absolument donner son avis, son vote pour croire encore en ce système, pour en faire partie et peut-être, rêvons encore, pour changer le monde vers un avenir meilleur.

 

Bises tendres 

Ta grand-mère "

 

 

 

Ma chère petite fille

 

Nylonement

 

 

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