Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Féminité & Féminisme, Glamour & Bas Nylon

Univers évanescent de vos Féminités, votre interprétation quotidienne de la mode, dessus et dessous tout en volupté, entre dentelles & des voiles légers sur vos jambes. Labyrinthe capitonné de glamour, de sensualité, avec mes mots pour souligner votre élégance, pour rendre hommage aux Femmes, chaque jour, avec des billets d'humeur chic, des livres libres, des portraits & des silhouettes, des instants de vie et des regards. Glamour toujours !

femmes - duo de generations

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations, #Femmes & Mode
Printemps

 

"Pourquoi il pleut, maman ?"

 

La petite main dans la mienne, le souffle de vent dans nos manteaux à peine la porte de notre immeuble ouverte, nous voilà dehors, sous les gouttes un peu fraîches du matin. Pourtant c'est le printemps, mais les giboulées se succèdent. Nous marchons vers l'école, sur le trottoir humide, quelques flaques d'eau. Hésitation en moi, aurais-je dû lui faire chausser des bottes, les rouges avec les pois noirs de coccinelle ? Un doute avec nos ballerines qui mouillent et pourtant la pluie cesse aussi vite que le vent disparaît. Une autre rue, plus rien, sauf ce sol mouillé. Printemps de désordre météo.

 

Impossible de savoir quelle tenue leur mettre, j'ai pourtant opté pour une jolie robe avec un collant opaque, idéal pour courir, jouer dans la cour, être élégante durant la chorale. Un petit manteau, un caban court, j'ai le même dans plusieurs couleurs, mais elle préfère celui en rose poudré pour l'école. Elle est ma touche de couleur, le soleil permanent de mes journées. Nos pas vers la porte de l'école, la directrice nous dit bonjour, nous accueille comme chaque jour. 

Ma fille m'embrasse et m'oublie aussi vite, déjà partie vers ses amis, ses camarades classe, dans son espace de rêve. Chaque soir, elle me raconte ses aventures, ses courses folles, ses marelles avec les copines, les bons et les méchants qui chaque jour changent. Une liberté, une insouciance de petite fille.

 

Moi je cours alors avec mes ballerines trempées vers le métro, trente minutes pour sécher dans la foule, dans le bruit et les odeurs, au milieu des têtes endormies ou somnolentes avec leurs écouteurs. Je lis. Je m'évade dans d'autres dimensions sages ou follement romanesques. Vivement ce soir après ce job alimentaire, pour la retrouver, ce rayon de soleil, ma fille.

 

 

Nylonement

 

Voir les commentaires

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations, #Femmes & Portraits
Soeurs

 

"Moi, un jour, je serai aussi grande que toi, aussi vieille et je mettrai ta robe."

Un cri du coeur du haut de ses sept ans, elle était en colère pour une obscure histoire de bonbons retrouvés par hasard dans sa poche. Collés et fondus, mais surtout disparus puis réapparus, enfin pas tous, mystère. Alors ne voulant pas perdre la face, elle grondait de sa voix douce, de toute sa hauteur. Mes yeux l'observait, conquise par ce petit bout de fille, qui aurait pu être la mienne, mais qui était celle de mon père et sa nouvelle compagne. Oui ma soeur, ma chère petite soeur. 

Je vivais à l'autre bout de la France quand elle était arrivée, bébé minuscule, adorable bouille avec des sourires ravageurs qui rassemblaient toutes les contradictions de cette différence de générations. Mon grand frère venait lui aussi d'avoir sa première fille, une nièce du même âge que sa tante. Et puis le divorce avait perdu de son acidité, de ses coups de gueules et autres reproches douloureux dans les échanges entre les membres de la famille. Nous étions tous devenus grands, les parents vivaient chacun leur nouvelle vie, nous nos études, nos premiers pas d'adultes. J'étais même partie en Ecosse pour valider un diplôme en langue anglaise, j'y étais resté deux ans de plus avec un charmant barman local, entre highlands et bonheur.

 

Alors cette soeur, elle était pour moi comme une jeune gamine que je gardais adolescente pour arranger les voisins, pour arrondir mon argent de poche.Nous nous connaissions par photos interposées, par fêtes de famille trop rares, trop rapides, dont certaines que j'avais ratées. 

 

Soeurs

 

Un simple sourire. Elle s'est éclairée, avec la même moue que moi enfant, étrangement proche, nous avions des gênes communs. D'un pas léger dans ses petites ballerines à tête de chat, elle s'est approchée de moi, en caressant le tissu de ma robe. Douceur, charme de la couleur rouge, elle s'est enroulée autour de mes jambes en me demandant pourquoi j'étais si grande, comment j'avais grandi, comment étais ma chambre d'enfant. Tant de comment, de pourquoi, de questions et d'envies. La première fois que j'étais là, pour quelques jours. La première fois que j'étais seule avec elle. Je me suis assise à terre, sur le parquet de ce salon, où moi aussi j'avais joué, grandi, marché, dansé et surement pleuré un peu. 

Descendue de mes talons, de ma hauteur, nous étions plus proches, plus soeurs. Elle s'est glissé sur mes genoux, naturellement, pour jouer à basculer, pour rire, pour me parler de son école, la mienne dans la passé aussi. Elle avait une jeune professeure des écoles que j'avais eu, plus de vingt-cinq ans nous séparait. L'école, les classes, la cour, tout semblait similaire. 

"Tu pourras venir me chercher, on visitera toutes les deux."

"Bonne idée, mais on pourrait aussi aller dans les magasins. Pas pour des bonbons, mais pour te trouver une robe comme la mienne. Comme cela, on serait des soeurs, presque jumelles."

"Une robe rouge, des soeurs de la même couleur."

 

Dix minutes plus tard, nous étions dans la galerie commerciale, entre les jupes et les pulls, cherchant des robes, rouges mais aussi d'autres couleurs.

"Une pour moi, une pour ma grande grande soeur."

Nous avons trouvé, pire encore, nous avons pris le temps de repasser devant l'école, en mangeant quelques fraises tagada. Chut, c'est un secret.

 

 

Nylonement

 

 

Soeurs

Voir les commentaires

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations, #Femmes - demain

L’eau tiède sur mon dos, sa présence tout proche, il se rase en jetant un œil dans le miroir sur sa barbe sous la mousse blanche, sur ma silhouette en reflet. Un grand bonheur que de se réveiller dans ses bras, avec les souvenirs de nos corps imbriqués avant de dormir, de sa chaleur en moi, de son amour toujours présent depuis plus de cinq ans déjà, je suis une nouvelle femme, dans une nouvelle vie. Divorce oublié, enfants plus grands, plus de temps pour vivre pleinement l’amour, pour être aimer, pour l’aimer aussi. Je suis si bien, là quand la serviette me sèche le dos, quand ses mains suivent mes hanches, cherchant les gouttes dans ma cambrure, avec son regard toujours gourmand. Deux bisous il se glisse vers la chambre, je me maquille.

Il revient vers moi, en costume avec sa chemise blanche impeccable, une cravate foncée avec quelques motifs bleus. Encore des bisous avant de partir vers son bus, la porte claque, je file vers la chambre. J’hésite pour ma tenue, la météo change si souvent maintenant avec l’automne, la pluie hier, le soleil demain, mais aujourd’hui reste incertain. Fraîcheur le matin, douceur l’après-midi, je verrai bien un tailleur en tweed clair, une jupe au-dessus du genou, sur le revers caché de mes bas. Une belle lingerie pour mon bien-être personnel, un indispensable de ma féminité. Un chemisier en coton souple, ivoire avec des motifs brodés dans la verticale du boutonnage. La jupe, un zip, mes talons, noirs vernis, mon plaisir, presque mon tic de mode.

 

Je flâne sur internet, de blog en blog, pour des actualités, des chroniques, des poèmes et des coups de cœur, un menu aussi varié que mon petit déjeuner. Un jus de clémentines, des tranches d’ananas, deux yaourts, un nature, un autre aux fruits, j’hésite pour une tranche de pain grillé ou juste croquer dans les fruits confits d’un cake ramené d’une balade gourmande en amoureux. Ce soir en rentrant avec un thé, avec lui. Dans mes rêves, je vois apparaître ma belle-fille, les yeux lourds d’un sommeil trop court. Les cheveux en bataille, les mots un peu coincés dans sa bouche, elle passe vers la salle de bain, un petit bonjour. Je l’aime bien, nous avons mis du temps à nous connaître, avec les préjugés d’une adolescente d’un côté, les envies probablement égoïstes d’une amoureuse de l’autre. Nous voulions cet homme pour nous, son père, mon compagnon. Mais maintenant ses études l’occupent, ses amours plus encore. Elle est passée dans sa tenue de nuit, un pantalon de pyjama devenu tendance, ce qui parfois me laisse dubitative, ne sachant pas si elle a oublié de s’habiller, de se changer ou simplement si elle sort ainsi peu vêtue, avec cet imprimé sur un coton si léger. J’en ris maintenant. Je pianote sur mon clavier, avec la musique de sa douche en bruit de fond.

 

Un peu de thé, un yaourt aussi, des mots, mon plaisir du matin. Ses pas légers sur le parquet vers sa chambre, dans mon dos, quelques notes fredonnées en passant, elle est réveillée. Je profite pour arroser les plantes du salon, pour ranger quelques babioles, je suis libre de mes horaires, un privilège de mon activité comme indépendante. Je retouche mon rouge à lèvres, ce détail qu'il aime tant. Même absent, je le fais pour moi principalement, pour mon entourage et bien souvent en pensant à lui. Je me prépare à partir, en regroupant mon tube de rouge à lèvres, ma pochette satinée de bas de secours, mon téléphone et mes clefs, quelques mouchoirs. Elle ressort de sa chambre, elle aussi prête pour sa journée, une autre jeune fille. Plutôt jeune femme d'ailleurs, car bien dans sa génération cocooning avec des gilets, des écharpes et des bottes fourrées en toutes saisons juste pour suivre la tendance, elle a aussi adopté le glamour, du moins la féminité de son époque. Elle resplendit ainsi dans son petit top gris en coton, la bretelle du soutien-gorge noir en dentelle qui dépasse, le décolletté donnant une vue plongeante qui détournera tout étudiant de ses révisions. Sur sa taille est posée une jupe patineuse noire, sobre, doucement ondulée en corolle, sur des cuisses enveloppées d'un collant satiné chair, le tout planté dans des cuissardes en daim noir. Des talons, les cheveux au vent, elle est si mignonne, je lui glise un compliment. Elle sourit tout en me demandant de la déposer, si je peux au rer le plus proche. Ses yeux, les mêmes que ceux de son père, un regard perçant sur la vie.

 

 

Nylonement

 

Belle génération

Voir les commentaires

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes & Mode, #Femmes - Duo de générations
Septembre

Un souffle d'air, une nappe en liberty rouge, une lumière forte venant de la véranda, les pots de fleurs jouant les ombres chinoises, je pose mes ciseaux sur la table. Elle est là, ma petite fille devenue au fil des années une jeune femme. Etudiante en lettres, elle est venue vers moi, dans ma petite maison de bord de mer pour deux semaines, avant sa rentrée d'octobre à l'université.

 

Complices nous sommes, heureuses de partager nos deux vies sous le soleil de septembre. Elle avait envie de nouvelles robes, nous avons conjugué les balades dans les magasins, dans le centre commercial local, elle m'a même emmené vers la ville un peu plus loin avec son permis de conduire flambant neuf. Des essayages, beaucoup de rigolades, des vendeuses soit peu motivées voire même désagréablement incompétentes, soir des personnes attentionnées pleines de bons conseils et de sourires. J'ai aussi essayé quelques modèles pour rajeunir mon look m'at-elle dit, avec sa joie habituelle. Ma petite fille est toujours une boule d'énergie et de créativité, et lorsque j'ai proposé de coudre ensemble, elle a sauté jusqu'à la boutique suivante. Celles des tissus !

 

Nous sommes reparties avec des mètres de coton imprimé, de jersey fluides, de sie aussi, et même de mousselines pour des froufrous. Oui son envie était de voir sur elle, des robes d'esprit vintage, un peu 60's avec des jupons mousseux, des corolles souples et voluptueuses. Alors dans le grenier, dans un carton annoté couture, nous avons trouvé des modèles, des photos et des patrons en papier. Prise de mesures, notes au crayon gras sur un bout de feuille rose, calculs et choix des tissus, discussion sur le futur rendu, changements, traçages avec la craie, découpes. Voici trois jours que nous créons des jupes, des robes, des jupons aussi. Un voyage rétro, une joie commune, un voyage dans mes souvenirs, et puis ses idées nouvelles comme ces deux bandes en transparence dans le tombant de la jupe. Je ne compte plus les coups de ciseaux, les fils emmêlés avec la machine à coudre, les corrections. Je ne garde que son sourire quand elle revient dans la véranda, en pleine lumière, glissée dans une des robes. Ses yeux, sa bouche éclatante de bonheur, nous !

Septembre

 

Un si beau mois de septembre.

 

Nylonement

 

 

Septembre

Voir les commentaires

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations, #Femmes - demain
Jardins

Mes petites-filles profitaient des jeux d'eau dans le jardin, un peu de fraîcheur vaporisée dans un nuage léger au-dessus de l'herbe. Un flot de rires, de cris d'enfants, de glissades involontaires, elles s'amusaient. Il était si bon de les voir se faufiler dans les allers de ce coin de jardin anglais, mon coin avec des arbustes mais aussi des touffes d'herbes hautes, un ruff flou dans les coup de vent. J'aimais passé du temps à l'entretenie mais je savourais les autres instants de contemplation avec cette joie si vivante pour l'animer.

Les jumelles avaient demandé pour jouer aussi avec un ballon dans ce bel espace, revendiquant l'interdiction dans le potager de leur papy. pas le droit de casser les plants de tomates, de marcher sur les salades, mais pas plus dans les rangées de rosiers. Elles rigolaient de leurs parties interdites plus loin, derrière la pette cabane à outils, devenue après des négociations et beaucoup de sourires, une cabane pour les poupées et quelques siestes. 

 

Un lieu rustique autour de notre maison, avec le temps, le travail d'une vie, d'abord pour se nourrir un peu, puis pour débroussailler la petite forêt et le rendre plus agréable, les jardins avaient trouvé leur place respective. Une pièce d'eau et des marches, une gloriette pour se détendre et lire, l'endroit préféré de leur mère, elle aimait y faire ses devoirs, flâner l'été aussi. Elle avait verser des larmes de bonheur lors de la demande de mariage, dans sa robe bohème, plus tard elle était revenue vers nous pour d'autres larmes. Aujourd'hui elle était repartie vers la ville pour travailler, laissant les petites encore quelques jours avant la rentrée. Un univers de fleurs et de parfums, nous aimions tant y manger, parfois nous reposer pour une sieste, mais aussi pour des fêtes de famille, des barbecues entre amis. Sous un arbre, avec un peu de vent pour tourner les pages de mon livre, je pose un regard contemplatif sur leurs courses d'enfants,  dans leurs robes d'été, sur trois générations dans cette verdure.

 

Du bonheur tout simplement !

 

Nylonement

 

Gentleman W

 

Jardins

Voir les commentaires

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations

J’avais été ce lien implicite entre les générations, une simple histoire de famille.

 

Aujourd’hui nous quittions cette grand-mère qui avait porté toute une tranche d’histoire avec elle. Sous un ciel gris, dans les souffles de vent froid, nous étions tous réunis pour lui rendre un dernier hommage. Elle qui avait été une seconde mère, un second foyer pour exprimer mes rages d’adolescence puis pour me conforter lors de mes études. J’aimais les soirées cartes et chocolat chaud, dans son petit appartement toujours surchauffé. On parlait de papy, parti plus tôt, avalé par sa maladie, harassé par la fatigue de toute une vie de labeur.  Avec le temps et les mots justes, elle m’avait ouverte les portes fermées sur son passé, ses douleurs, les zones sombres de ce qu’elle ne voulait pas exprimer, tout en le ruminant depuis des décennies. Sociologie d’une famille, un thème que j’aurai pu prendre pour sujet de thèse lors de mon cursus universitaire, tant il y avait à dire, à écrire et à analyser.

 

Né dans le sud de l’Europe, dans un pays pauvre, elle avait appris le racisme non pas de la couleur mais des origines, en balbutiant les premiers mots d’une langue inconnue dans ce nouveau pays, négociant pour apprendre au plus vite les codes de celui-ci. De l’école, elle conservait les bons et les mauvais côtés, une tranche d’intégration pour finalement devenir brillante élève mais se faire rattraper par une autre habitude étrange de son époque, elle n’était qu’une fille. Donc pas d’études, mais une unique voie vers un métier manuel, de proximité, dans une petite fabrique locale, pour les tâches les plus répétitives. Une déception qu’elle tournait en dérision avec le temps, le recul et tous les amis rencontrés sur place.  Un mari aussi, un homme pris aussi dans la routine des efforts mal-payés, des heures sans fin, des départs au petit matin, des retours à la nuit. Un mariage, un petit appartement, et des années sans enfants, la vie avait décidé ainsi pour eux, malgré leur volonté profonde d’en élever. Miracle à l’approche de la quarantaine, un beau bébé était venu. Avec une double sanction, une fille, qui de plus se révéla ensuite atteinte d’une différence, elle ne parlait pas, entendait mal.

Une époque où tout cela devenait une gêne collective, un malheur familial. Mais renoncer n’était pas dans sa nature même dans l’adversité, elle avait dirigé la maison, son travail, gérer le handicap, trouver les bonnes personnes et le temps pour remédier avec sa fille, pour vivre dans une étonnante normalité. Papy avait suivi malgré lui, ne comprenant pas toujours cette force utilisée pour sa propre fille. Une véritable battante, elle avait appris le langage des signes, lisait sur sa table de cuisine les quelques ouvrages consacrés au sujet, consultait les spécialistes et les évolutions pour donner toutes les chances à sa fille, ma mère. Car la suite, là aussi elles me l’avaient caché, enrobant certaines étapes, voilant les difficultés, les moments de honte et de refus, les errances d’une époque, d’un milieu populaire.

 

 

 

Copyrights NINA RODER http://ninaroeder.de/wp/mutters-schuhe/
Copyrights NINA RODER http://ninaroeder.de/wp/mutters-schuhe/
Copyrights NINA RODER http://ninaroeder.de/wp/mutters-schuhe/

Copyrights NINA RODER http://ninaroeder.de/wp/mutters-schuhe/

 

Au final, elles refusaient la fatalité, visaient consciemment ou non, une vie étonnement normale. Avec des études, comme levier dans la société, ma mère avait pu s’adapter à ce monde professionnel de la comptabilité, progressant avec ses seules compétences, sans l’ombre du handicap. Un métier, une véritable reconnaissance, une vie sociale plus souriante, une nouvelle génération. Une rencontre, un coup de foudre, mon père, un homme discret, un brin timide, d’un charme fou quand il lisait dans son fauteuil, un gentleman sans le thé, ils s’étaient mariés, et assez vite j’étais venue compléter le duo de mes frères. Une tribu, une vie de rires et d'amour. Chaque jour des instants complices, du petit-déjeuner au repas du soir, mais aussi au goûter  avec ma grand-mère souvent, le reste du temps en famille, nous étions heureux. J'ai assumé pleinement les quelques remarques de mes camarades, souvent éblouis par les bêtises d'ados, l'envie de blesser sans réellement comprendre. Pas de chance pour eux, j'avais des réponses, des mots, une volonté de changer leurs regards sur le handicap, sur ma mère comme les autres. Certes avec mes frères, nous sommes devenus les porte-paroles face aux administrations qui voulaient avoir ma mère au téléphone, qui ne comprenaient pas sa volonté de régler les échanges par email. Un aveuglement certain de leur part ! Mais la vie a toujours été un long fleuve avec des cascades, des tourbillons, des longgues lignes droites tranquilles, bref à l'image de celle de toutes les familles. 

 

Alors aujourd'hui, avec les mots, les sons et les signes, nous avons dit adieu à cette grand-mère qui voulait changé le monde, son petit monde. Que de volonté pour donner la force d'équité à sa fille, à toutes les générations suivantes, nous la remercions.

 

 

Nylonement

 

Voir les commentaires

Publié le par Gentleman W.
Publié dans : #Femmes - Duo de générations

Voyager dans le temps, toujours une volonté vaine, une application impossible malgré les écrans toujours plus nombreux qui nous entourent. Mais heureusement sur mes étagères, dans la chaleur de mon petit appartement, je trouve des livres, ceux de mes parents et même certains de mes grands-parents. Et dans un coin, les albums photos de l’époque, des vestiges que je n’ouvre pas souvent. La douleur a été longtemps là, en pensant au déménagement forcé de ces grands formats reliés parmi tant d’autres affaires, au lendemain de leur départ. J’avais le trouble de cet accident, de leur décès, l’un immédiat, l’autre après plusieurs semaines de coma. Un uppercut brusque, droit au coeur, une violence intense, une force rattachée à tous leurs objets hérités trop tôt, trop vite, sans un mot.

 

Souvenirs instantanés, toujours là, mais aujourd'hui, avec le temps passé mais pas l'oubli, la guérison de certaines blessures, j’avais envie de rompre cet aura obscure pour ne plus vivre qu’avec la nostalgie de mon enfance avec eux. Rien de plus, juste des traces communes, de notre passé commun, de leurs vies d’avant. Calée dans un fauteuil club, celui du bureau de mon père, enroulée dans ma tunique longue en laine bleu roi, mes jambes chaudement lovées dans un collant opaque noir, sous mes fesses, la chaleur d’un cocon, j’ai ouvert le premier des cinq tomes. Mes grands-parents, maternels et paternels, un grand mix, des photos en noir et blanc, figées dans les poses d'antan, des annotations dessous, je voyageais dans leurs villages, leurs métiers, devant la boulangerie pour une famille, devant la quincaillerie et épicerie pour l’autre. Des lieux, des lumières et toujours les fêtes officielles comme les mariages, les baptêmes et les communions, mes parents redevenaient enfants. Curieux de les voir ainsi, si jeunes, si proches de mes sœurs, mon frère et moi, des traits de visages si familiers. Sourires, une gorgée de thé chaud, le chat qui bondit sur l’accoudoir, lui aussi semble intéresser par le contenu de ces pages. Je passe au deuxième, toujours la famille, quelques photos plus anciennes, des ancêtres même, parfois des très vieux clichés de la fin du XIXe siècle. Tout cela me semble si loin, des personnes inconnues, que je découvre comme étant des aïeuls, des robes d’époque, des corsets aussi pour la belle époque, une vague d'histoire. Une mariée un peu triste, juste après la première guerre, un mari manchot, je tourne et retourne les pages car je vois cette famille pour la première fois. Ma famille. Je sais que les volumes quatre et cinq sont consacrés à ma génération, quelques cousins mais surtout nous, en noir et blanc sur quelques photos, mais abondamment en couleurs. Toutes nos vacances, nos exploits sportifs et scolaires, nous bébés, enfants et adolescents. Ma génération, avec eux.

 

Le troisième s’ouvre devant mes yeux. La vie de mes parents, des photos triées par ma mère, durant les vacances d’hiver, en reprenant les tas qui traînaient ici et là, dans des boîtes cartonnées, trouvées chez les anciens, oubliées le plus souvent. Elle avait appris à utiliser le scanner pour numériser, pour partager avec tous mes oncles et tantes, les exemplaires uniques, les liens des uns et des autres, les fêtes de famille, les nombreux mariages, les rigolades de leurs enfances. Tourbillon dans le temps, au cœur de leur adolescence, de leurs premières libertés, mai 68 étant passé par là, leurs premiers pas en couple, en communauté même, un instant flower power, entre les années 60 et 70, un traveling complet sur la mode, mon père devait être amoureux pour conserver autant de clichés de ma mère. Leurs voyages en France mais aussi en Europe, une autre dimension de ces décennies, et un parallèle fort avec la modernité de notre monde actuel. Les paysages sont là, les voitures plus rares, les ambiances semblent désuètes. Douceur, le chat ronronne, regarde mes mains qui tournent les feuilles, attrapent la tasse et un gâteau. Pas de caresses, il cherche mon regard perdu dans les pages, sautillant de photo en photo.

 

Au fil du temps
 

Ma mère, un peu de mes sœurs, les mêmes yeux que mon frère, mon père, leurs jeunesses, une confusion possible avec notre vie d’adultes, nos enfants, les visages se mêlent. Seules les voitures, les couleurs des tapisseries en arrière-plan diffèrent. Parfois certains meubles sont bien là, dans mon couloir, chez ma sœur aînée, dans le bureau d’avocat de mon frère, d’autres ont disparu de notre univers. La mode, les jupes longues, les jupes midi, les mini-jupes, tous les formats, des matières lourdes et puis aussi plus fluides, des imprimés difficiles à vivre pour un caméléon. Des couleurs vives, quelques rares pastelles, des pulls moulants, des cols roulés en polyester d’une autre génération, des couleurs toujours, des collants, ma mère adorait les porter et savait miser sur ses jambes. Des bottes, deux paires de cuissardes, des escarpins, peu de hauts talons ou alors avec des talons compensés assez lourds visuellement.

 

Au fil des pages, des polaroids ou des photos, une couleur qui ressort, une volonté, une force, une signature marquante, le rouge, la mini-jupe rouge en velours boutonnée devant, une version trapèze sur collant noir, une autre version en skaï peut-être avec une coupe très Courrèges. Des robes aussi, version trois trous, revenues à la mode des années après, je me vois dedans, ma fille, ma longue adolescente aussi. Etrange voyage entre le passé et le présent, entre les tendances qui changent, varient, se renouvèlent pour finalement emprunter des saveurs d’antan.  Trapèze ou droite, crayon ou plutôt corolle, patineuse ou longuee, fluide ou un peu plus rigide, les matières et les couleurs adoptent les saisons et les années. Leurs styles, le style de la mère, mon style, celui de ma fille, des liens invisibles s’immiscent sur nos silhouettes, s’amusent de pièces vintage ou de nouvelles créations pour nous immortaliser sur des photos, des polaroids, des cartes numériques. Images d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, les souvenirs, les infimes traces que nous laissons derrière nous, les signes d’une filiation d’envie de mode, de vies, d’héritage.

 

Je suis émue, dès le prochain week-end, je vais aller sur le net ou en boutique pour me trouver une nouvelle jupe rouge, un lien féminin insoluble malgré le temps.

 

Nylonement

 

Ma mère, un peu de mes sœurs, les mêmes yeux que mon frère, mon père, leurs jeunesses, une confusion possible avec notre vie d’adultes, nos enfants, les visages se mêlent. Seules les voitures, les couleurs des tapisseries en arrière-plan diffèrent. Parfois certains meubles sont bien là, dans mon couloir, chez ma sœur aînée, dans le bureau d’avocat de mon frère, d’autres ont disparu de notre univers. La mode, les jupes longues, les jupes midi, les mini-jupes, tous les formats, des matières lourdes et puis aussi plus fluides, des imprimés difficiles à vivre pour un caméléon. Des couleurs vives, quelques rares pastelles, des pulls moulants, des cols roulés en polyester d’une autre génération, des couleurs toujours, des collants, ma mère adorait les collants et savait miser sur ses jambes. Des bottes, deux paires de cuissardes, des escarpins, peu de hauts talons ou alors avec des talons compensés assez lourds visuellement.

 

Mais toujours une couleur qui ressort, une volonté, une force, une signature au gré des pages, le rouge, la mini-jupe rouge en velours boutonnée devant, une version trapèze sur collant noir, une autre version en skaï peut-être avec une coupe très Courrèges. Des robes aussi, version trois trous, revenues à la mode des années après, je me vois dedans, ma fille, ma longue adolescente aussi. Etrange voyage entre la passé et le présent, entre les tendances qui changent, varient, se renouvèlent pour finalement emprunter des saveurs d’antan.  Trapèze ou droite, crayon ou plutôt corolle, patineuse ou longue, fluide ou un peu plus rigide, les matières et les couleurs adoptent les saisons et les années, leurs styles, le style de la mère, mon style, celui de ma fille, des liens invisibles s’immiscent sur nos silhouettes, s’amusent de pièces vintage ou de nouvelles créations pour nous immortaliser sur des photos, des polaroids, des cartes numériques. Images d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, les souvenirs, les infimes traces que nous laissons derrière nous, les signes d’une filiation d’envie de mode, de vies, d’héritage.

 

Je suis émue, et ce week-end, je vais aller sur le net ou en boutique pour me trouver une nouvelle jupe rouge, un lien féminin insoluble malgré le temps.

 

Nylonement

 

Voir les commentaires

<< < 1 2

Articles récents

Hébergé par Overblog